Un comité économique et social d’IBM se réunit aujourd’hui. A l’ordre du jour : la suppression de 1251 postes en France, dans le cadre d’un vaste plan de réduction d’effectifs en Europe. L’informatique, c’est pourtant un secteur qui va bien, malgré le coronavirus, alors comment expliquer ce plan ?

Devant un bâtiment d'IBM
Devant un bâtiment d'IBM © AFP / John Nacion / NurPhoto

Sans doute une question d’âge. L’an prochain, IBM fêtera ses 110 ans. Et dans le monde actuel, c’est tout sauf une assurance. Dans un marché qui change à toute vitesse, la centenaire américaine et ses 400 000 employés dans le monde doivent faire face à des jeunes entreprises, qui innovent plus vite qu’elle et qui valent plus cher en Bourse. 

Elle a déjà fait un tournant majeur en 2005, lorsqu’elle a cédé sa branche “ordinateurs” au Chinois Lenovo, pour se concentrer sur les logiciels et les services informatiques. Elle a investi massivement dans l’intelligence artificielle avec son fameux programme Watson. 

En 2011, il a défrayé la chronique en gagnant au jeu télévisé "Jeopardy", l’équivalent de “Questions pour un champion”. Mais il s’est fait voler la vedette en 2017 par "DeepMind", l’intelligence artificielle de Google, qui a battu le meilleur joueur du monde au jeu de go.

IBM est dépassée par Google ?  

Par Google, mais aussi par Amazon, Microsoft et le chinois Alibaba, qui lui sont tous passés devant dans un autre domaine, celui du stockage de données, le "cloud". IBM fait plutôt partie des acteurs de deuxième rang. 

Mais elle veut se battre dans ce domaine et rester aussi en pointe dans l’intelligence artificielle. Elle se positionne également pour la grande bagarre de l’ordinateur quantique, qui aura une puissance et une rapidité inégalées, mais qui n’est pas encore au point. C’est un pari pour 2024.  

Pour cela, elle est prête à réduire ses activités de services informatiques classiques. Mal aimées par les marchés financiers, elles vont être logées dans une entité à part. Il faut dire que la concurrence y est aussi très dure, et les marges de plus en plus serrées, y compris en Pologne où beaucoup d’activités ont été délocalisées. 

Il faudra recruter pour développer l’intelligence artificielle, le cloud ou le quantique. Pourquoi ne pas reconvertir les salariés qualifiés d’IBM ?

C’est une très bonne question. D’autant que, normalement, après un PSE, une entreprise ne peut plus embaucher pendant un certain temps. Mais IBM a une astuce : il y a en réalité 3 IBM en France. 

Le plan social vise les salariés de la structure la plus ancienne, celle qui date de l’époque où IBM construisait des ordinateurs et qui offre le plus d’avantages sociaux. Ils devraient se voir proposer des conditions de départ assez généreuses, presque des pré-retraites.  

Les autres IBM pourront continuer à recruter si besoin. Et à chasser les subventions, comme le crédit d’impôt recherche…