Hier deux syndicats de Danone sont montés au créneau pour défendre leur patron Emmanuel Faber et la gouvernance de l’entreprise. C’est assez rare pour être souligné. Ils craignent que Franck Riboud et le conseil d'administration cèdent aux financiers obsédés par le cours de Bourse. Qu’est-ce qui se passe chez Danone ?

 Emmanuel Faber, PDG de Danone
Emmanuel Faber, PDG de Danone © AFP / ERIC PIERMONT

C’est l’histoire d’un pdg qui estime que le rôle d’une entreprise n’est pas seulement de faire des bénéfices mais aussi de se préoccuper des ressources de la planète et du contexte social. Juridiquement, depuis la loi Pacte, cela s’appelle une entreprise à mission. C’est un modèle que la CFDT soutient. Et c’est l’ambition de Faber pour Danone.

Jusqu’à cet été, les actionnaires étaient d’accord avec lui : le capitalisme responsable, c’est à la mode. Ils ont même voté à plus de 99% le changement de statut. Mais à force de voir le cours de Bourse baisser et les marges de Danone incapables de rattraper celles de ses grands concurrents, Nestlé ou Unilever, ils s’interrogent : Emmanuel Faber est-il encore l’homme de la situation ? 

Le conseil d’administration de Danone, qui compte des grands noms comme Franck Riboud, ancien PDG et fils du fondateur du groupe, Michel Landel, longtemps patron de Sodexo, Lionel Zinsou, financier et ancien premier ministre du Bénin, en est arrivé à se poser la même question. 

Emmanuel Faber est donc sur la sellette ? 

Clairement. D’un côté, on lui reproche de s’être trop préoccupé de l’avenir de la planète et pas assez des ventes de Danone, ce qu’il conteste, évidemment. C’est vrai que ces derniers mois, le PDG s’est recentré sur son groupe.

De l’autre, il a été critiqué pour son plan social, mais une mesure lui vaut le soutien des syndicats : la promesse d’épargner les petits salaires, ceux qui sont dans les 20% les plus bas. Ils seront formés à d’autres métiers qu’ils pourront choisir d’exercer dans le groupe ou ailleurs. 

Faber pensait donc s’en sortir en expliquant toujours et encore sa “vision”. Mais il n’est pas sûr qu’il en ait le temps. 

A cause des fonds d’investissement qui se sont invités à son capital ? 

En effet, il y en a trois. Ils ne détiennent que 3 à 4 % de l’entreprise, mais ils ont étalé publiquement leur désaccord avec la direction et vous noterez qu’aucun des administrateurs de Danone n’a pris la parole pour défendre Faber. Silence total sur la ligne. Pas un mot de Franck Riboud, notamment. 

Pour beaucoup, c’est le signe qu’ils ont lâché le PDG de Danone. Car la règle, pour résister à une tentative de déstabilisation d’un fonds activiste, c’est que le conseil d’administration et la direction fassent bloc. 

En réalité, chacun cherche à sauver sa tête. Car l’un des trois fonds, le plus puissant, Artisan, demande aussi le départ de tous les “anciens” de Danone, dont Franck Riboud. La grande question, la seule qui vaille en fait, c’est quel avenir ces financiers veulent-ils pour notre champion du yaourt et de l’eau, propriétaire d’Evian et de Volvic ? 

Les dessous de cette histoire sont racontés en détail par Morgane Bertrand sur le site de L’Obs.