Alors que les signes d’essoufflements économiques se multiplient en Chine, une polémique monte sur la fiabilité même des statistiques.

Si l’on en croit le document qui circule depuis quelques semaines sous le manteau, la croissance économique de la Chine n’aurait été l’an dernier que de 1,67%, donc loin, très loin même des 6,5% affichés par le régime. Cette information a été relayée à la mi décembre par un chercheur universitaire chinois, qui, selon l’un des correspondants du Figaro en Chine, affirme que cette statistique explosive est inscrite dans un rapport confidentiel réalisé par l’équipe d’un institut officiel.  

Un chiffre qui relance la controverse sur la fiabilité des statistiques du pays 

Ce n’est pas nouveau, la collecte de données est une affaire très complexe dans un pays grand comme un continent, peuplé de plus de 1,4 milliard d’habitants. Le culte du secret et la pratique de la contrefaçon n’arrangent rien.   Les économistes sont plus que réservés sur la justesse des indicateurs et le font savoir d’autant plus librement que le premier ministre Li Keqiang lui-même ne semble pas s’y fier. Depuis des années, il préfère croiser trois indicateurs pour mesurer le dynamisme économique de la Chine: la consommation d’électricité, le niveau du fret ferroviaire et les volumes de prêts bancaires.  

Ces doutes concernent-ils seulement la Chine ?  

«Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées», racontait avec humour Winston Churchill. En Europe, le grand magouillage grec à la fin des années 1990 lui a donné raison. Plus récemment, l'Argentine a été accusée de maquiller son niveau d'inflation. En France, au dernier trimestre 2017, le taux de chômage mesuré par l’Insee a brusquement chuté de 0,7 point, de façon totalement inexpliquée. Le doute sur la fiabilité des chiffres n’est donc pas un sujet strictement chinois. Mais les inexactitudes ne se valent pas. Il y a celles qui s’expliquent par la défaillance des outils de collecte et de traitement des informations. Et les autres qui sont commises à des fins politiques. En Chine, le taux de croissance est le meilleur indicateur du dynamisme d’une nation qui a annoncé qu’elle deviendra la plus riche de la planète dans quelques années. Une chute brutale du PIB serait catastrophique pour le moral des Chinois et pour l’économie mondiale. Le pouvoir central le sait et n’en veut pas.   Pékin a programmé un atterrissage en douceur et fera tout pour que les statistiques lui donnent raison. La hausse du PIB sera d’un peu plus de 6% cette année. Pas moin : c’est d’ores et déjà décidé !

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