Un économiste de la Deutsche Bank a eu une idée nouvelle : taxer les télétravailleurs, pour redistribuer l’argent à ceux qui sont obligés de se déplacer et de travailler au contact du public ou en usine. Il lance le débat.

Taxer le télétravail ?
Taxer le télétravail ? © Getty / Luis Alvarez

Et il est tout ce qu’il y a de plus sérieux. Il s’appelle Luke Templeman. Et ce Britannique a fait une note pour défendre son point de vue dans le dernier numéro de Konzept, la revue de la banque allemande. 

Il constate que l’enthousiasme pour le télétravail a commencé bien avant la Covid, et évidemment que la pandémie a accéléré le phénomène. Il concerne 67% des Allemands, 50% des Américains, 47% des Britanniques et 45% des Français. Et cela ne s’arrêtera pas même si le virus disparaît. 

Pour lui, travailler de la maison est un privilège et ceux qui en bénéficient ne devraient pas oublier ceux qui en sont privés. On pourrait donc taxer le privilège des uns - le télétravail - pour aider les autres. Vous remarquerez que pour une fois, la palme de la créativité fiscale ne revient pas à un Français. 

Et ce serait une taxe élevée ? 

Il n’y va pas avec le dos de la cuillère. Il considère qu’une personne qui travaille de la maison fait beaucoup d’économies : temps, transport, déjeuner, vêtements et pressing, sans parler du cappuccino ou du verre avec les collègues. 

Il évalue ces avantages à 5% du salaire. Il note au passage que les salaires des gens qui peuvent télétravailler - les cols blancs - sont généralement plus élevés que ceux des personnes qui continuent à se déplacer. 

5%, appliqué à un salaire moyen de 40 000 euros par an - celui des personnes qui télétravaillent en Allemagne- donnerait une taxe de 7 euros 50 par jour de travail à la maison. Une sorte de ticket restaurant à l’envers… Compte tenu du nombre de personnes concernées cela rapporterait 16 milliards d’euros en Allemagne. Plutôt 10 milliards en France.

Mais elle serait payée par l’entreprise ou par le salarié ? 

Si l’entreprise économise le prix d’un bureau permanent pour le salarié, ce serait à elle de payer. Si en revanche, c’est le choix du salarié, ce serait à lui de la régler. Pour l’économiste, il serait encore gagnant, même si le télétravail a un coût - comme la nécessité d’avoir un espace de travail chez soi. Il précise qu’on ne lèverait pas la taxe en période de pandémie. 

L’argent récolté permettrait, selon lui, de réduire les inégalités entre les cols blancs et les travailleurs de la première et de la seconde ligne, en tout cas ceux qui ont des revenus faibles ou bien ceux qui ont un commerce dans les quartiers de bureaux et risquent de perdre leur activité. 

Je vous rassure, même dans sa banque, tout le monde n’est pas d’accord avec lui. Deux de ses collègues basés à Francfort ont fait, eux, une note en septembre pour insister sur les inconvénients du télétravail. Mais l’important pour Konzept, c’est de nous faire réfléchir sur le monde post-Covid. 

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