Le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi c’était la première brique de la grande politique de l’offre lancée en 2013 par François Hollande, une brique à 20 milliards d’euros par an.

Concrètement, le CICE consiste à redonner aux entreprises sous forme de crédit d’impôt 6 % de leur masse salariale sur les salaires inférieurs à 2,5 fois le SMIC. Pour quel objectif ? Regonfler les marges des entreprises, pour qu’elles embauchent, qu’elles investissent et regagnent des parts de marché à l’international.

La mission est loin d'être accomplie 

Une fois n’est pas coutume, le gouvernement a demandé une évaluation de cette politique et les résultats sont très décevants : aucun effet sur l’investissement, la recherche et développement, les exportations des entreprises. C’est ce que nous dit France Stratégie, l’organe public chargé de cette évaluation. Côté emploi, 100 000 auraient été créés ou sauvegardés en 2013-2014, seules années pour lesquelles on a des chiffres. 100 000 emplois pour 36 milliards de CICE sur ces 2 années, c’est très cher payé.

Une politique qui ne fera sentir ses effets qu’à long terme ?

C’est loin d’être sûr, et le gouvernement, lui, n’attend pas. Au premier janvier prochain, il transformera le CICE en baisse de cotisations sociales pérennes, en renforçant au passage ces baisses sur les bas salaires. On avait à l’origine une mesure destinée à soutenir la compétitivité de l’industrie, on va passer à une politique plus classique de baisse du coût du travail non qualifié. Et ça va coûter 40 milliards en 2019, parce qu’on va cumuler pendant un an l’ancien et le nouveau dispositif. Du coup, la France va frôler la sacro-sainte barre des 3% de déficit public.

Baisser le coût du travail, est-ce efficace pour inciter les entreprises à embaucher ?

A court terme, cela peut avoir un effet oui. Mais ça fait 30 ans qu’on baisse les cotisations sociales sur les bas salaires et on n’est pas sortis du chômage de masse. Aujourd’hui, un salarié au SMIC coûte moins cher en France qu’en Belgique, en Allemagne ou aux Pays-Bas. Cette politique a deux effets pervers : elle entretient le dumping social entre pays européens, en tirant les salaires vers le bas ; et dans le cas français, concentrer les baisses de cotisations sociales sur les bas salaires peut dissuader les entreprises d’innover et de monter en gamme. L’exact contraire de l’objectif recherché par Louis Gallois, l’ancien patron d’Airbus, lorsqu’il avait initialement proposé le CICE.

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