La Fiac démarre demain, la plus grande foire d’art contemporain en France. C’est là que les milliardaires dépensent leur argent.

L'oeuvre "Gardens, 2018" de Lois Weinberger dans le jardin des Tuileries pour la FIAC Hors les murs
L'oeuvre "Gardens, 2018" de Lois Weinberger dans le jardin des Tuileries pour la FIAC Hors les murs © AFP / Stéphane de Sakutin

Bernard Arnault, le PDG de LVMH, et François Pinault, le fondateur de Kering, ont droit chaque année à une visite particulière, en avant-première, pour y nourrir leur collection respective. 

Ils joignent l’utile à l’agréable. Ces collections sont devenues un moteur de leur business : le luxe. Un livre du journaliste Jean-Gabriel Fredet, “La guerre secrète des milliardaires de l’art”, très documenté, nous raconte comment cette symbiose entre l’art et la mode, permet à l’un comme à l’autre de se vendre toujours mieux. 

On pourrait disserter pendant des heures pour savoir si l’argent corrompt la création ou l’encourage. Jean-Gabriel Fredet, lui, préfère nous ramener à La fable des abeilles, écrite en 1714 par le pamphlétaire Bernard de Mandeville. 

Voilà la morale : Mandeville soutenait que le luxe “en donnant du travail aux pauvres gens” était un moteur de l’industrie et que la jalousie, “par l’envie de faire mieux que son voisin”, servait au fond l’”intérêt collectif de la ruche”

A l’époque, il défendait l’Angleterre, perçue comme une ruche corrompue mais prospère. Il était convaincu que les vices privés peuvent faire le bien public. 

Alors... la rivalité Pinault-Arnault sert le bien public ? 

Dans le business, les deux hommes ont enterré la hache de guerre en 2010. Leur rivalité s’est donc reportée sur le terrain de l’art. Ils collectionnent très efficacement, mais différemment. 

“Le marchand de bois”, François Pinault, est un homme de coups et de passion. C’est comme ça qu’en 1985, il a acquis un Jeff Koons pour 500 dollars. Les œuvres du plasticien, valent aujourd’hui des millions. 

“Le loup en cachemire”, Bernard Arnault, est, lui, très réfléchi. Sa première pièce, c’était un petit Monet, une valeur sûre, acquise en salle de vente parce que le prix était raisonnable. 

Mais je n’oublie pas votre question Mathilde : l’intérêt public y trouve-t-il son compte ? Bernard Arnault a ouvert au public  une Fondation exceptionnelle. Cela dit il ne s’est pas privé de profiter à fond d’une niche fiscale que le gouvernement a fini par raboter. François Pinault, lui, ouvrira cette année un musée à la Bourse du Commerce, près du Forum des Halles à Paris. Et qui sait si un jour, ils ne donneront pas leurs leurs collections à l’Etat. Ils ne seraient ni les premiers, ni les derniers. 

La guerre secrète des milliardaires de l’art, par Jean-Gabriel Fredet, à retrouver aux Editions de l’Observatoire. 

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