Le géant américain Nvidia va racheter la société britannique Arm. Ils vont former un géant des microprocesseurs, des puces informatiques donc. Plus puissant qu’Intel. l'Anglais Arm passe sous contrôle américain pendant que Bruxelles et Londres parlent de souveraineté technologique, sans action, ni stratégie.

Franchement oui Mathilde. Nvidia, Arm, ce ne sont pas des entreprises connues du grand public. Donc ce rapprochement passe un peu sous le radar. Mais Nvidia, c’est un nom que les geeks, les gens doués en informatique, et les gamers, ceux qui adorent les jeux vidéos, connaissent bien. C’est la société qui fait les cartes graphiques des ordinateurs, celles qui permettent d’évoluer dans un jeu comme dans une ville et qui font que l’image réagit immédiatement. 

Ces cartes, vous l’aurez compris, gèrent des quantités énormes de données en temps réel. Exactement ce qu’il faut pour faire tourner des algorithmes, autrement dit des logiciels d’intelligence artificielle. 

Ces microprocesseurs sont donc très recherchés. Ils équipent beaucoup d’ordinateurs, mais Nvidia a un problème: elle ne fait pas de puces pour les téléphones portables ou les objets connectés... 

C’est là que Arm entre en jeu, donc. 

Oui Arm est une société britannique, de Cambridge qui, conçoit les microprocesseurs pour portables. Arm ne produit rien. Elle fait le design technique des puces personnalisés pour chaque client qui les produit ou les fait produire ensuite. Elle est tellement performante qu’Apple lui a demandé de concevoir ses futurs processeurs. 

Arm avait jusqu’à maintenant un gros avantage: être détenu par un fonds japonais, Softbank. Une alliance britannico-japonaise donc, qui lui assurait une neutralité précieuse dans la guerre froide Etats-Unis/ Chine. 

Arm travaille aussi bien avec des Américains qu’avec des Chinois, avec le coréeen Samsung, qu’avec l’européen STMicroelectronics. Arm, c’est 23 milliards de puces “neutres” par an. Après le rapprochement avec Nvidia, elles seront américaines. Et cela peut-être géopolitiquement déstabilisant. 

Personne en Europe ne pouvait racheter Arm ? 

Alors c’est vrai que Arm vaut cher- 34 milliards d’euros - et que Nvidia a plus de moyens que n’importe quel groupe européen: sa valeur en Bourse a doublé depuis le début de l’année. 

Mais il y a aussi beaucoup d’argent dans le plan de relance par exemple, dans la Banque Européenne d’Investissement, à la Caisse des dépôts, à la City de Londres. En plus quand les Japonais ont décidé de vendre, certains dirigeants d’Arm ont dit qu’ils voulaient une solution pour rester indépendants. 

Malheureusement, les Européens n’ont pas su réagir. Thierry Breton à la Commission européenne, Emmanuel Macron ou Boris Johnson parlent beaucoup de souveraineté technologique. Mais ils n’ont aucune stratégie. En plus il y a le Brexit. On laisse donc, sans se battre,  le savoir-faire sur les puces, mais aussi sur les supercalculateurs, aux Américains. Et ça, franchement, c’est rageant. 

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