Il y a six ans, la division énergie du français Alstom a été vendue à l’Américain General Electric (GE). Une vente contestée: on a reproché à Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie, de laisser filer des pépites technologiques. Mais à l’Elysée, il a une occasion de se rattraper…

Dans les pépites cédées à GE, il y a six ans, il y a Arabelle. Arabelle, c’est la turbine la plus puissante et la plus fiable du marché pour transformer en électricité la vapeur dégagée par l’eau portée à ébullition par la fission des atomes dans les centrales nucléaires. Elle équipe un tiers des centrales dans le monde, dont les EPR. On la fabrique à Belfort. 

Il y a six ans, GE, bien soutenu à Washington, était prêt à tout pour mettre la main sur ce joyau. Y compris à déstabiliser Alstom, dont un cadre a été arrêté par le FBI dans le cadre d’une procédure anti corruption. Frédéric Pierrucci, retenez bien ce nom, a passé dix-huit mois en prison, alors qu’il n’avait pas touché un centime. 

Mais depuis, GE n’a pas fait de bonnes affaires. Son action a été divisée par trois, et elle a supprimé 3000 emplois en France alors qu’elle avait promis d’en créer. Elle est maintenant obligée à son tour de vendre des actifs pour trouver du cash. 

Arabelle est donc à vendre… 

Oui, et c’est une activité très rentable, surtout grâce à la maintenance. On pourrait y voir une chance. Une opportunité pour EDF de mettre la main sur cette technologie. 

Mais, vous vous en doutez, ce serait beaucoup trop simple. EDF est en pleine réorganisation et semble avoir d’autres chats à fouetter. 

Bruno Le Maire, le ministre de l’économie, et Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée  à l’industrie, ont beau demander à EDF de revoir sa position, son patron, Jean-Bernard Levy, ne bouge pas. 

ça veut dire que les turbines risquent de rester sous pavillon étranger voire de passer sous pavillon chinois ? 

Non, la messe n’est pas dite. Car un homme avait tout prévu, Frédéric Pierrucci, dont je vous ai parlé un peu plus tôt. Il a donc formé un consortium d’ingénieurs et d’investisseurs, élargi le projet Arabelle à l’éolien. il a convaincu la BPI et la Caisse des dépôts de le soutenir.

Il ne lui manque plus que le soutien d’un opérateur. Ce qui nous ramène à EDF, présent dans le nucléaire, avec Framatome qu’il contrôle depuis la déconfiture d’Areva, comme dans l’éolien. EDF, toujours pas décidé à bouger. 

Tous les regards se tournent donc vers l’Elysée et vers Emmanuel Macron, en attendant qu’il tape du poing sur la table. Il n’a pas réussi à forcer GE à respecter ses engagements sur l’emploi. Il peut peut-être au moins rattraper Arabelle. 

L’histoire d’Arabelle, racontée par Matthieu Aron, est à lire dans L’Obs cette semaine. 

Et qu’y a-t-il à la une ? 

“Dans la tête des complotistes”. Nous décryptons ce phénomène et ses ressorts, en détail, avec l’aide d’Ipsos et d’un panel de Français qui s’est prêté au jeu. C’est passionnant. 

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