Patatam fait son apparition, en "dur", dans les hypers Auchan et arrive sur C-Discount, le site de e-commerce de Casino. Pourquoi la grande distribution fait-elle appel à une PME de Bayonne ? Pour ne pas passer à côté d'un marché de l'occasion en forte croissance.

Si vous êtes un habitué de l’Auchan de Roncq, de Hirson, de Melun, de Marseille ou de Mériadeck, vous aurez peut-être remarqué ces nouveaux corners, installés quelques semaines avant le confinement, où on trouve des vêtements à prix cassé: 3 euros le T-shirt, 8 euros la robe… 

Il s’agit de fringues d’occasion. Et pas de vêtements de grandes marques qui, même en seconde main, coûtent cher. Là ce sont des pulls, des pantalons de la “fast fashion” - Zara, H&M, Kiabi, Asos… 

Ils sont proposées à la vente par Patatam, une PME qui a aussi un site Internet. On retrouve également ces vêtements d’occasion sur CDiscount, la plateforme de commerce en ligne du groupe Casino. 

Pourquoi la grande distribution passe-t-elle par cette société, plutôt que d’organiser ces corners elle-même ? 

Parce que la fripe, c’est un métier, et surtout une logistique assez complexe. Patatam s’y est mis en 2013. Cette PME installée à Saint-Pierre-d’Irube, près de Bayonne, emploie 27 personnes et compte en recruter une trentaine d’ici la fin de l’année. 

Son point fort, c’est la collecte des vêtements. Elle a inventé le “Patabag”, un sac qu’on commande en ligne -ou, maintenant, qu’on prend chez Auchan- on y met ses vêtements et on le dépose dans un point colis Mondial Relay. Au passage on gagne un peu d’argent. Patatam fait le tri, numérise les informations sur chaque article à vendre et détermine son prix avec un système d’argus, comme pour les voitures. Elle reprend aussi des stocks dont les marques ne veulent plus. L’an dernier, la PME a fait 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. 

Et ça plait aux consommateurs ce système ? 

Visiblement oui. Sinon la grande distribution ne s’y mettrait pas. Selon l’Institut Kantar, un tiers des Français ont acheté un produit de seconde main l’an dernier, deux fois plus qu’en 2018. Le marché pour le textile dépasse 1 milliard d’euros. Et il va croître pour deux raisons, une bonne et une mauvaise. 

Commençons par la mauvaise: c’est la baisse du pouvoir d’achat qui frappe certaines familles dans la récession post-Covid. La bonne, c’est que nous cherchons à économiser les ressources de la planète. 

De ce point de vue, l’offre de Patatam est vertueuse. Mais elle a un inconvénient, que les lecteurs du site Internet de L’Obs ont souligné en commentant un article de la journaliste Morgane Bertrand sur ce sujet : la PME et la grande distribution marchandisent les échanges de vêtements auparavant généreusement donnés à Emmaüs ou à des associations qui aident à réinsérer des personnes en difficultés. Or on a aussi besoin d’elles. 

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