L’économie devient féministe. Il était grand temps. Ouvrages, revues, se multiplient. A vos librairies

Quand l'économie devient féministe
Quand l'économie devient féministe © Getty / Westend61

Il y a des années qu’on parle d’inégalités de salaires entre les femmes et les hommes, que l’on dénonce le plafond de verre dans les carrières féminines, que les femmes sont sous-représentées en politique, et ça a fini par réveiller les consciences et re-mobiliser le mouvement féministe.

Dans L’Obs, cette semaine, nous avons recensé dix essais sur le féminisme, c’est donc bien un phénomène de librairie. Et cela n’inclut pas les livres ou revues économiques. Ils se multiplient aussi. 

On peut par exemple citer : L’économie féministe, d’Hélène Périvier, Le genre du capital par Céline Bessière et Sibylle Gollac et le dernier numéro de la revue L’Economie politique, titré Le féminisme à l’assaut de l’homo economicus

Et qu’est-ce qu’on y apprend ? 

On connaît bien les inégalités de revenus entre hommes et femmes (25% je le rappelle) mais moins les inégalités de patrimoine. Or elles se creusent : il y avait 9% d’écart en 1998, mais 16% en 2014, en faveur des hommes, vous l’aurez compris. 

La raison, c’est l’individualisation des patrimoines. Avant, la norme c’était de se marier sous le régime de la communauté de biens réduite aux acquêts. Aujourd’hui, on est davantage dans l’union libre ou le régime de la séparation de biens, en particulier pour les couples fortunés. 

L’Insee a aussi fait une enquête sur la gestion des patrimoines. Dans les familles modestes, lorsqu’il s’agit de gérer les factures et les coupons de promotion pour les courses, ce sont les femmes qui s’en occupent. Lorsque le patrimoine est élevé, c’est plutôt l’homme qui est en charge. Et les femmes, même seules, délaissent ce sujet, investissent peu en Bourse ou dans les start-up, ce qui creuse les inégalités. 

Autre remarque, qui vous parlera si vous avez vu l’excellente série Succession, lorsqu’il y a une entreprise familiale, on prépare généralement les fils à la reprendre. On les “socialise” en ce sens, on leur fait rencontrer les bonnes personnes. On le fait moins avec les filles. 

Est-ce qu’il y a une économie féministe ?

Certains ou certaines trouvent qu’il est plus clair de parler d’économie du genre, pour montrer qu'il s’agit d’un champ d’études et pas d’une approche idéologique. En tout cas, depuis 2006, l’économie féministe a sa propre revue scientifique, ce qui fait d’elle un courant bien identifié. 

Elle s’attache à proposer des réformes fondamentales pour corriger les inégalités et à faire évoluer les modèles économiques androcentrés, pensés par des hommes. Et ce depuis le célèbre Adam Smith, qui n’a jamais considéré sa mère comme un agent économique, alors qu’elle lui préparait tous ses repas. 

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