Pour la première fois de son histoire, le taux d’emprunt à dix ans de L’État français est passé hier en dessous de zéro.

Emprunter à taux positif, comme nous le faisons pour nos emprunts, cela signifie que l’emprunteur verse des intérêts au prêteur, qui au moment du dénouement de l’opération, récupère le montant prêté plus les intérêts. Dans le cas d’un emprunt à taux négatif, le prêteur accepte de recevoir moins que ce qu’il a prêté.

C’est ce qui s’est passé hier pour la première fois pour les emprunts D’État à 10 ans. Mais c’est régulièrement le cas depuis plusieurs années pour les émissions obligataires de plus courtes durée.

Pourquoi les taux des emprunts D’État sont-ils devenus négatifs ?

D’abord le ralentissement mondial et les incertitudes économiques liées notamment à la guerre commerciale poussent les investisseurs à placer leur argent vers les pays les moins risqués, comme la France. Or, plus l’offre d’argent est abondante et plus le Trésor peut réduire la rémunération offerte aux prêteurs.

Ensuite, il y a la politique des banques centrales qui préparent depuis quelques temps les esprits à une baisse des taux et donc les taux d’intérêt des obligations D’État sont orientés à la baisse.

Les taux bas, une bonne nouvelle pour L’État ?

C’est une aubaine, mais c’est aussi très risqué.

L’aubaine est facile à comprendre. Avec la baisse des taux, la France est dans une situation abracadabrantesque : plus elle emprunte chaque année et moins elle paie d’intérêts.  

La baisse des taux ne pousse donc pas L’État à réduire la dépense publique, et c’est en cela que c’est risqué. En cas d’inversion, autrement dit de hausse des taux, chaque nouvel emprunt coûtera plus cher à L’État. Et pour éviter de creuser le déficit, le gouvernement aura deux options : réduire la dépense publique – c’est compliqué et plutôt lent à faire ses effets- et plus vraisemblablement augmenter les impôts, au risque de réveiller les gilets jaunes et de donner un coup d’arrêt à la croissance.

Les taux vont-ils rapidement augmenter ?

Les risques d’un retour de l’inflation sont faibles, et la probabilité d’un emballement économique de la vieille Europe est plutôt limitée, ce qui fait dire à de plus en plus d’économistes que les taux vont rester durablement bas. Et si c’est le cas, la réduction des déficits est moins urgente.  

Il est à ce sujet intéressant de noter que le gouvernement ne cesse de reporter l’année du retour à l’équilibre des comptes publics. Je parierais que notre Premier ministre ne s’inquiète pas vraiment d’une flambée des taux d’intérêt à court terme !

Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.