Les banques accordent de plus en plus de prêts. Les autorités de surveillance financière s’en alarment. Ont-elles raison de s’inquiéter ?

Par Marc Chevallier

On a largement commenté le fait que la dette publique française se rapproche des 100 % du PIB, la richesse produite dans l’Hegaxone. On regarde moins la dette des agents privés, c’est-à-dire les entreprises et les ménages. Or, cette dette atteint 200 % du PIB, le double de la dette publique. 

Au moindre retournement conjoncturel, une partie des ménages et des entreprises pourrait avoir du mal à rembourser leurs emprunts. C’est pourquoi le Haut conseil de stabilité financière, qui est en quelque sorte le gendarme des banques, a décidé hier soir de les obliger à augmenter leurs réserves financières pour qu’elles lèvent le pied sur les emprunts. Le risque, c’est que cette décision freine la croissance au moment où elle ralentit déjà.
 

Qui s’endette le plus ? Les ménages ou les entreprises ?

Incontestablement les entreprises. Leur dette représente 70 % de la dette privée et elle croit plus vite que celle des ménages. Il faut dire qu’il n’y a pas qu’auprès des banques que les entreprises peuvent emprunter, elles s’endettent aussi de plus en plus auprès des marchés financiers : on dit alors qu’elles émettent des obligations. 

Bien sûr, ça n’est pas la PME du coin qui peut faire ça, mais plutôt une multinationale comme Total. Le recours à l’endettement obligataire explose dans les pays riches depuis la crise de 2008. Une organisation internationale comme l’OCDE craint d’ailleurs que ça débouche à terme sur une nouvelle crise financière.

Les entreprises françaises ne sont donc pas un cas à part ?

Si un peu quand même, du moins en Europe. En Belgique ou en Irlande, la dette des entreprises pèse plus lourd dans le PIB qu’en France, mais elle baisse. Ce n’est pas le cas chez nous, elle continue d’augmenter.
 

Et que font les entreprises françaises de l’argent qu’elles empruntent ?

Le bon côté des choses, c’est qu’elles l’ont utilisé depuis la crise pour maintenir un niveau d’investissement élevé, comparé à nos voisins européens, et pour se constituer une épargne de précaution qu’elles peuvent utiliser en cas de coup dur.

L’aspect négatif, c’est que les entreprises françaises s’endettent aussi beaucoup pour acheter des actions et spéculer en bourse. Ou bien pour racheter d’autres entreprises au prix fort. Rien que l’année dernière, Sanofi, le géant pharmaceutique, a déboursé plus de 13 milliards d’euros pour ses emplettes.

Cette dynamique est soutenable tant que le cours des actions augmente et que les taux d’intérêt restent bas. C’est donc un pari financier vraiment risqué. 

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