La mer, c'est un peu les arrières cuisines de la mondialisation. Votre pull made in China ? C’est par la mer qu’il est venu jusqu’en Europe. En fait, on estime souvent que 80% du commerce mondial passe par un porte-conteneurs, ces bateaux géants qui transportent des milliers de boîtes métalliques rectangulaires.

Les secret inavouables du transport maritime
Les secret inavouables du transport maritime © Getty / John Elk III

Des navires toujours plus grands pour faire toujours plus baisser les coûts de transports

Le dernier bâteau mis à l’eau par le champion français du secteur CMA CGM est ainsi aussi long que trois terrains de foot mis bout à bout. Voilà pourquoi votre pull made in China peut voyager 10 000 kilomètres depuis la Chine tout est restant très bon marché.   Mais cette course à la taille n’est pas la seule recette des armateurs pour réduire les prix du transport. Ils ont d’autres tuyaux. Mais ceux-là, ils les gardent pour eux.

Le transport maritime est un monde très fermé

Monde très fermé sur lequel un chercheur de HEC, Guillaume Vuillemey, vient de jeter une lumière crue. Cet économiste a mouliné des milliers de données et en est arrivé à la conclusion qu’une des recettes des armateurs pour réduire les coûts, c’est de limiter au maximum leur responsabilité. Par exemple, en enregistrant l’immense majorité des bateaux dans des pays aux législations très souples, pour ne pas dire très lâches... Plus de 80% du tonnage total des porte-conteneurs arborent ainsi des pavillons de complaisance, les drapeaux du Libéria, du Panama ou de l’archipel de Palaos, pas spécialement réputés pour leur extrême vigilance. Ce chercheur d'HEC a aussi pu déterminer un chiffre étonnant...

90% des sociétés de marine marchande sont des filiales qui ne possèdent qu’un seul bâteau

Pourquoi, me direz-vous ? Parce qu’en cas de sinistre, les dédommagements ne pourront pas dépasser les faibles moyens de la filiale et pas ceux, bien plus importants, de la société mère... Mais ce n’est pas le pire. 

Ces vingt dernières années, 80% des bateaux de marine marchande partis à la casse ont été démolis sur des plages du Bangladesh, d’Inde ou du Pakistan

A marée basse, des travailleurs locaux, parfois même des enfants, découpent des morceaux du bateau dans des conditions plus que sommaires - c’est un des métiers les plus dangereux du monde, selon l’Organisation Internationale du Travail. Et à marée haute, la mer emporte tout ce qui se trouve dans le navire : des métaux lourds, de l’amiante, des hydrocarbures… Tout ça, à la mer ! Mais encore une fois, les armateurs ont paré tous les risques : juste avant leur démolition, les bateaux sont vendus à des sociétés spécialisées. Et en cas de problème, impossible de remonter aux armateurs ! Ce pull made in China, il est aussi à ce prix-là.

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