L’économiste, prix Nobel, en 2014, est en général assez peu disposé à commenter à l’actualité. Mais cette crise si particulière l’a fait sortir de son silence, à plusieurs reprises, notamment sur le site de L’Obs et de Paris Match.

L'économiste Jean Tirole, ici en novembre 2018.
L'économiste Jean Tirole, ici en novembre 2018. © Getty / Stanislav Krasilnikov

Jean Tirole est un chercheur prolixe et depuis quelques années, il se passionne pour un phénomène très perturbant: les outils de surveillance numérique, particulièrement développés en Chine. Et voilà que ces outils deviennent indispensables pour tracer les personnes porteuses du Covid et limiter les risques de contagion. 

Le pays le plus avancé en la matière, c’est bien sûr la Chine. Cette année, tous les Chinois auront une note sociale, en fonction de leur comportement. Paient-ils bien leurs impôts ou leurs factures ? Respectent-ils le code de la route ? Trient-ils correctement leurs déchets ? 

Une mauvaise note peut leur bloquer l’accès à un service public, à un logement, à l’université, les empêcher de voyager. L’outil de surveillance social intègre maintenant, Covid oblige, les interactions sociales de chaque personne. 

On pourrait nous aussi avoir un outil de traçage en Europe, pour faciliter le déconfinement

Qu’en pense Jean Tirole ? Il se méfie beaucoup du système chinois. D’ailleurs il ne donne pas de conférences dans ce pays, même si ses livres y sont traduits, à cause de l’absence de débat démocratique. 

Alors l’idée de voir arriver en Europe cette “dystopie digitale” qu’est la notation sociale ou le traçage, ne l’enthousiasme pas du tout. Il n’est pas le seul. Mais il pense que nous y allons tout droit, à notre manière. Que nous n’y couperons pas. Tout nous y pousse. 

Des notes nous en donnons et nous en recevons déjà lorsque nous prenons un crédit bancaire, lorsque nous voyageons avec un VTC. Avec le Covid, il est probable que le traçage fera son apparition sous une forme ou une autre, sur la base du volontariat. Qui nous dit que tout cela ne sera pas un jour agrégé ? 

Alors que préconise-t-il ? 

De nous préparer. De faire de la “science-fiction sociale” pour ne pas subir, mais anticiper les bouleversements qu’entraîne la multiplication des outils numériques. Pour mieux les réguler. 

Il pense aussi que les politiques doivent réapprendre à penser le long terme, qu’ils doivent corriger leur myopie. Ne pas agir toujours en réaction, sous la contrainte, mais mieux préparer l’avenir. 

Il faudrait pour cela changer nos indicateurs économiques, faire en sorte qu’ils prennent mieux en compte l’environnement, l’éducation, l’investissement dans la santé, la préparation de l’avenir en général. En nous dotant pas exemple d’Observatoires indépendants du long terme. Sinon, tout reprendra comme avant. 

Et les liens vers ces interviews  : ici dans l'Obs et là dans Paris Match

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