Le parquet a ouvert hier une enquête pour abus de biens de sociaux dans l’affaire Carlos Ghosn. Au même moment, les agences de notation Moody's et Standard and Poor's annonçaient la dégradation de la dette de Renault en catégorie spéculative, “junk bond”, obligation pourrie. L'action Renault est au purgatoire.

Cette dégradation n’est pas agréable, mais ce n’est pas une surprise. Le parcours de Renault en Bourse montre déjà combien l’entreprise va mal. L’an dernier, l’action a perdu 23% dans un marché en progression de 26%. Depuis le 1er janvier, la chute continue : -25%.

Renault fait encore partie du CAC 40, mais à ce rythme là, elle pourrait en sortir de l’indice phare de la place de Paris au deuxième semestre. Le groupe ne vaut plus que 9 milliards d’euros, deux fois moins que PSA Peugeot-Citroën. 

Cette dégringolade rappelle ce qui était arrivé à EDF il y a deux ans. Une descente aux enfers, sous le regard d’un actionnaire pas toujours avisé : l’Etat. Il a encore 15% du constructeur. 

Qui est en cause ? L’Etat ou Carlos Ghosn ? 

Dans l’automobile, les cycles sont longs. Il faut quatre ans pour lancer un nouveau modèle. Carlos Ghosn a donc une responsabilité dans la situation actuelle, même s’il a quitté les commandes opérationnelles de Renault il y a un an et demi. 

Par exemple, il a eu une très bonne vision sur le véhicule électrique, mais finalement pas assez ambitieuse. Les bonnes ventes de la Zoé sont loin de compenser celles des Dacia -le vrai succès de Renault- plus polluantes. Le groupe est donc en retard sur le respect des normes européennes d’émission. Cela n’empêchera pas Carlos Ghosn d’être demain devant les prud'hommes pour réclamer sa retraite. 

Mais l’Etat est aussi responsable, notamment Emmanuel Macron, qui a déstabilisé l'Alliance capitalistique avec Nissan lorsqu’il était ministre de l’économie. Aujourd’hui on nous dit que l’Alliance va mieux, mais les Français ont quasiment perdu tout pouvoir chez Nissan et la Bourse veut des preuves. 

On parle aussi de fermeture d’usine

La directrice générale par interim a dit qu’il n’y avait pas de tabou. Le groupe a perdu de l’argent l’an dernier et certains analystes financiers le voient à court de cash, de trésorerie, avant la fin de l’année. Il devra se tourner vers ses actionnaires ou faire des économies. Clotilde Delbos a annoncé des réductions de coûts de 20%. 20% c’est énorme

Est-ce que le groupe s’en sortira ? Gilles Le Borgne, une star de PSA qui a rejoint la régie, a déjà commencé à réfléchir aux nouveaux modèles. Luca di Meo, le nouveau patron, arrivera en juillet. La période est critique, mais au pied du mur, Renault a toujours su rebondir. 

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