Dans l’accord sur le Brexit, Boris Johnson a passé beaucoup de temps sur la pêche mais il a un peu sacrifié la City, la place financière. On commence à en voir les effets…

La finance ne faisait pas partie des dernières discussions entre l’Union européenne et Londres. Pour faire des opérations en euros ou dans la zone euro, les banques et les institutions financières de la City doivent donc négocier des accords au cas par cas, avec la Banque centrale européenne. On appelle cela des équivalences.  

Et la politique de la BCE, c’est de ne donner ces équivalences que si les activités ne peuvent vraiment pas être faites à Paris, Francfort, Dublin, Amsterdam ou Luxembourg. La règle , pour l'instant, c’est pas de cadeau. 

Les banques ou les sociétés de gestion de fonds doivent donc déménager progressivement une partie de leurs équipes en Europe continentale ou en Irlande. 

La Place de Paris en sort-elle gagnante ? 

Le gouverneur de la Banque de France a dit hier que 2.500 emplois ont déjà été transférés à Paris et qu’une cinquantaine d'entités britanniques ont reçu une autorisation. La finance, c’est la moitié des projets de relocalisations en France liés au Brexit. 

Bank of America Merrill Lynch, par exemple, s’est installée à Paris. Mais il y a une concurrence très forte avec Francfort. Goldman Sachs, une autre grande banque américaine, a, elle, choisi de faire moitié-moitié avec la ville allemande. Les banques japonaises, elles, ont plutôt choisi l’Allemagne. 

Ce qui séduit outre-Rhin, c’est le fait d’être au cœur de la première économie européenne. Ce qui plaît à Paris, c’est l’Eurostar. Surtout si votre famille reste à Londres. En temps normal, hors Covid, c’est facile de faire les aller-retours.

Facile, à condition de sauver l’Eurostar, or ça va plutôt mal

C’est vrai. Les dirigeants de la compagnie ferroviaire transmanche ont lancé un appel au secours. Eurostar a perdu 95% de son chiffre d’affaires depuis le Covid. Il n’y a plus en ce moment qu’un aller-retour par jour entre Paris et Londres et le train n’est pas plein. Il n’y a pour l’instant pas de perspective de retour à la normale. 

Eurostar s'attend donc à être à court de trésorerie entre mars et juin. L’été dernier, la société a obtenu un prêt bancaire de 450 millions d’euros. Mais ça ne suffit pas. Elle réclame le même traitement que les compagnies aériennes et éventuellement un prêt garanti par l’Etat. 

La difficulté c’est de partager l’addition entre Paris, Londres, mais aussi Bruxelles et Amsterdam, où va Thalys, la filiale d'Eurostar. Et d’organiser le sauvetage. La SNCF, qui détient 55% d’Eurostar, devrait être à la manœuvre, mais elle n’est elle-même pas au mieux de sa forme… Vu l’enjeu, on ne s’inquiète pas trop: le “quoi qu’il en coûte” devrait fonctionner et Bruno Le Maire, sans rentrer dans le détail, l’a promis.