Depuis le début de la crise du Covid, on parle beaucoup de relocalisations, pour la production de masques, la pharmacie ou l'agriculture. Mais ce n’est pas gagné… Exemple avec la récole des fruits et melons. On a encore besoin de travailleurs étrangers.

Vendange
Vendange © Getty

Il y a certes des petites lueurs d’espoir, comme ces deux PME alsaciennes, Estelec et Thurconnect, qui se sont associées pour relocaliser la production de composants et ne plus dépendre de fournisseurs asiatiques. 

Mais il y a aussi de grosses déceptions. Du côté de Renault, d’abord. Le prêt de soutien au constructeur automobile (5 milliards d’euros) a été bouclé, mais il n’est plus question de le conditionner à une relocalisation des activités. Trop compliqué.

L’autre grande déception, c’est l’expérience grandeur nature de relocalisation des emplois saisonniers agricoles. Elle vient de se solder par un échec magistral. Hier le ministre de l’agriculture Didier Guillaume a annoncé que les travailleurs étrangers en provenance de l’Union européenne pouvaient venir en France pour la cueillette d’été et les vendanges. Au grand soulagement de la FNSEA. Sans eux, on n’y arrivait pas. 

Pourtant les Français avaient répondu avec enthousiasme à l’appel des agriculteurs en manque de bras au début du confinement

C’est bien ce qui est inquiétant. On avait une chance unique d’apprendre à se passer des travailleurs détachés, en s’appuyant sur les salariés au chômage ou en chômage partiel, de la restauration ou d’autres secteurs. 

Ils étaient d’ailleurs 300 000 à avoir répondu à l’appel des champs. Quelques semaines plus tard, il n’en reste que 45 000 selon le quotidien L’Opinion, 5000 selon Les Echos. Bien moins que les 150 000 nécessaires en juillet/août. 

Comment passe-t-on de 300 000 à 5 000 ?  

Didier Guillaume a bien vite évacué le sujet. C’est vraiment dommage. Une journaliste de L’Obs qui est allé voir le producteur de fraises Damien Rio, dans le Finistère, apporte des embryons de réponses. 

La plateforme “desbraspourtonassiette”, chargée de mettre en relation les volontaires et les maraîchers, a visiblement eu des ratés. Ensuite les rats des villes ont été surpris : les travaux des champs sont exigeants. Il faut s’accrocher. Enfin, certains patrons d’exploitation ont vite jeté l’éponge. Ils préfèrent travailler avec ces saisonniers d’Europe de l’est, qui ne sont pas moins bien payés que les Français, mais qui ne rechignent pas sur les heures supplémentaires, pour gagner le plus possible en quelques semaines. 

Ce raté mérite une vraie réflexion. Si on veut mieux payer les infirmiers -comme le font d’autres pays d’Europe -, il faut dégager des moyens. Et on n’en prend pas le chemin si on dépense le double pour le chômage partiel, de l’Allemagne, l’Italie ou l’Espagne. Ce ne sont pas les 3 milliards d’un éventuel retour de l’ISF qui suffiront à résoudre le problème. 

Des travailleurs saisonniers dans un champ d'asperges, a Pfettisheim, dans le Grand-Est (avril 2020)
Des travailleurs saisonniers dans un champ d'asperges, a Pfettisheim, dans le Grand-Est (avril 2020) © AFP / Abdesslam MIRDASS / Hans Lucas
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