Danone, c’est un nom à part dans le capitalisme français. Une entreprise qui depuis toujours tente de ne pas s’arrêter aux seuls bénéfices. Son fondateur, Antoine Riboud, adorait d’ailleurs vanter son double projet, à la fois “économique” et “social”.

"Ca ne va pas fort chez Danone". Ici dans une usine chinoise
"Ca ne va pas fort chez Danone". Ici dans une usine chinoise © AFP / MARK RALSTON

Un credo repris ensuite par son fils Franck, puis par celui qui dirige Danone depuis 2014, Emmanuel Faber. 

Faber, c’est le grand patron que les autres grands patrons adorent détester

Parce que lui parle d’écologie, de biodiversité, d’empreinte carbone. Parce que Faber dénonce la financiarisation de l’économie. Ce PDG a d’ailleurs fait de Danone une entreprise B-Corp, un label décerné aux sociétés les plus vertueuses sur le plan social et environnemental. 

Une mission pas simple à mener pour Faber tant les contradictions sont évidentes. 

Pas évident de parler écologie tout en vendant des millions de bouteilles d’eau. Pas évident non plus de parler de social tout en étant connu pour mettre sous pression ses proches collaborateurs.

Mais Faber traverse actuellement la plus grave crise qu’il ait jamais connu. 

Ca ne va pas fort chez Danone

Le groupe a vu ses ventes baisser de presque 10% au troisième trimestre, notamment dans l’eau, l’alimentation infantile et médicale. La crise du Covid a chamboulé les modes de consommation et c’est tout Danone qui s’en trouve fragilisé. Preuve que l’édifice chancelle, la numéro deux du groupe vient de faire ses valises. Et Faber a dévoilé hier une grande réorganisation. Il n’hésite pas à dire qu’il est prêt à vendre des marques et qu’il va réduire les coûts pour améliorer la rentabilité. 

C’est que le cours de Bourse de Danone est au plus bas. Les chiffres sont là

. Cruels. Sur cinq ans, l'action Danone accuse un recul de 7% quand le titre du grand concurrent Nestlé a progressé dans le même temps de 45%. Or Danone a un capital tellement éclaté que seul un cours de Bourse élevé met durablement l’entreprise à l’abri d’une OPA. Faber n’a donc pas le choix : il faut répondre aux attentes de ces marchés financiers qui bien souvent ne voient pas au delà des prochains résultats trimestriels.  

Tout cela me rappelle en tout cas un rapport sur le capitalisme responsable écrit voilà quelques semaines par le président de Renault, Jean-Dominique Senard. Celui-ci expliquait que le seul moyen de faire contre-poids aux Anglo-Saxons et de promouvoir un capitalisme plus soucieux du long terme, c’était pousser les épargnants européens à acheter bien davantage d’actions en Bourse. Pour qu’ils fassent ainsi entendre leurs voix et leurs valeurs au sein des grands groupes. Ainsi, pour paraphraser un célèbre slogan, un autre capitalisme sera vraiment possible.

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