On reparle de BlackRock, ce gestionnaire d’actifs américain qui avait été soupçonné de faire un lobbying un peu trop pressant pour la retraite par point en France. Cette fois, c’est à Bruxelles qu’il se montre encombrant…

BlackRock, gestionnaire d’actifs américain
BlackRock, gestionnaire d’actifs américain © Getty / Richard Levine/Corbis

L’influence prêtée à BlackRock sur la réforme des retraites en France a été très exagérée, mais elle a été l’occasion pour beaucoup d’apprendre à mieux connaître ce géant financier américain. 

BlackRock est l’entité qui gère la plus grosse masse d’épargne dans le monde, 6 000 milliards d'euros. Il s’agit pour l’essentiel d’argent placé pour la retraite des Américains. 

Si on reparle de BlackRock aujourd’hui, c’est parce qu’une de ses divisions vient de gagner un appel d’offre de la Commission européenne. Celle-ci souhaite que les banques prennent mieux en compte les risques environnementaux et sociaux, notamment quand elles font des crédits. Elle a demandé à BlackRock de lui faire des recommandations à ce sujet. 

Pourquoi BlackRock ? 

C’est la question que tout le monde se pose. A commencer par un groupe de 85 députés européens, centristes, écologistes et sociaux démocrates, qui viennent d'interpeller la Commission. Mais pas seulement. L’ONG Finance Watch et les concurrents européens de BlackRock sont aussi très remontés.

A-t-on besoin d’un Américain pour définir une norme européenne, alors que les Européens ont de l’avance sur la définition de l’investissement socialement responsable ? 

Et pourquoi BlackRock ? C’est un très gros investisseur en actions de compagnies pétrolières. Est-il le mieux placé pour élaborer la doctrine européenne en matière de finance verte ? 

Cela pose un problème de souveraineté, non ? 

Cela montre surtout l’efficacité redoutable des Américains et l’inconséquence des Européens. Si la Commission fait appel à BlackRock, c’est sans doute parce qu’elle le juge plus indépendant que les gestionnaires d’actifs européens qui sont souvent filiales de banque ou d’assureur. 

Evidemment le mieux aurait été de trouver une société européenne indépendante, par exemple une agence de notation spécialisée dans l'évaluation de la responsabilité sociale des entreprises, comme Vigeo, que préside Nicole Notat, ancienne dirigeante de la CFDT. Des agences de notation extra-financières, il y a en a plusieurs en Europe, et de très bonnes. 

Le problème, c’est que depuis un ou deux ans, ces agences européennes se font racheter les unes après les autres par des groupes américains, comme Moody's ou Standard and Poor’s. Les Américains avaient du retard sur l’évaluation des comportements environnementaux des entreprises. Ils l’ont rattrapé en acquérant la méthodologie européenne, et ils vont maintenant nous dire comment faire. Et nous, nous nous indignons...

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