De plus en plus de voix s’élèvent pour mettre en garde sur la place des femmes dans les entreprises à l’issue de la pandémie. On pourrait avoir de mauvaises surprises, alerte le cabinet de conseil BCG, qui redoute l'anéantissement des efforts faits depuis dix ans pour resserrer les écarts de carrière femmes-hommes.

Comment le télétravail emprisonne les femmes ?
Comment le télétravail emprisonne les femmes ? © Getty / Maskot

Le Boston Consulting Group, le BCG, un des cabinets de conseil les plus en vue auprès des grands groupes, a commandé à l’institut de sondage Ipsos une enquête, menée début février, pour comprendre comment le Covid modifie les trajectoires professionnelles des cols blancs

Ipsos a interrogé des salariés qui travaillent dans les bureaux. Et qui sont maintenant en télétravail. Et bien, ce n’est pas de tout repos. 

Deux fois plus de personnes travaillent pendant leur pause déjeuner, le soir ou le week-end. Et ce n’est pas tout… les tâches ménagères leur prennent plus de temps que lorsqu’ils vont au bureau. 70% des sondés se déclarent donc nerveux, anxieux, tendus… 

Et qui dit tâches ménagères dit inégalités femmes-hommes… C’est donc sans doute pire pour les femmes

Exactement. Même si les hommes font des efforts pour en faire davantage à la maison, ce n’est pas assez pour compenser l’augmentation des tâches pour les femmes. Résultat : “Tâches ménagères” est synonyme de disputes, pour 28% des personnes interrogées. 

Autre constat : les femmes continuent à culpabiliser davantage sur ce qui n’est pas fait et en particulier sur leur disponibilité pour les enfants. Elles sont donc plus anxieuses : 44% des femmes ont des problèmes de sommeil, c’est un quart de plus que les hommes. 

Ajoutez à cela le fait que les femmes ont moins souvent que les hommes un espace isolé pour travailler à la maison et qu’elles ont beaucoup plus de risques d’être interrompues, cela ne vous étonnera pas qu’elles prennent moins souvent la parole en réunion (un tiers de moins que les hommes) et qu’elles négligent d’entretenir leur réseau. 

Et beaucoup lâchent prise… 

Oui 40% des femmes - contre seulement 30% des hommes- sont très inquiètes pour leur avenir professionnel.

Elles sont beaucoup plus nombreuses que les hommes à souhaiter réduire leurs horaires de travail et à moins s’investir au sortir de la pandémie. 

Ce phénomène, Jessika Apotheker, consultante au BCG, le constate d’ailleurs au sein de son cabinet. Sa conclusion est donc claire : le télétravail sape les efforts qui ont été faits ces dernières années pour essayer de rééquilibrer les écarts de carrière entre femmes et hommes et faire en sorte que davantage de femmes soient en position de postuler pour les postes de direction. 

On risque de revenir 10 ans en arrière, prévient-elle, si les entreprises ne réfléchissent pas, avec les femmes, à leurs besoins et leurs aspirations, et si les hommes n’en tiennent pas compte. 

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