Vendredi et ce week end, on a vu une nouvelle fois les Parisiens - en tout cas certains d’entre eux - quitter la capitale. Ils sont parfois mal accueillis, notamment dans les zones où le virus circule peu, mais il y a tout de même moins d’hostilité qu’au premier confinement.

Embouteillages à la sortie de Paris
Embouteillages à la sortie de Paris © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN

Pour une raison simple : lorsque les Parisiens décident de s’installer quelque temps à la campagne ou à la montagne, ils se déplacent avec leur pouvoir d’achat. 

C’est donc une bonne nouvelle pour les commerçants qui les voient arriver. Et les Parisiens ou les habitants d’Ile-de-France ne sont pas les seuls. On pourrait dire la même chose des Lyonnais ou des Toulousains, en gros des habitants des métropoles.

Car les grandes villes ont profité d’un phénomène qui s’est accéléré après la crise financière de 2008 : la concentration des créations d’emplois qui sont pour beaucoup liées au développement des activités numériques. 

Ces emplois sont beaucoup  plus concentrés géographiquement que les activités industrielles éparpillées sur tout le territoire. Ils entraînent donc une augmentation significative de la production de richesse dans quelques très grandes villes. 

Et il faut une pandémie et du télétravail forcé pour que les campagnes ou les villes moyennes en profitent  de la richesse des métropoles ? 

En réalité, toute la France en profite tout le temps, le plus souvent sans le savoir. C’est ce qu’explique l’économiste et géographe Laurent Davezies dans son dernier livre intitulé:  “L’Etat a toujours soutenu ses territoires”. 

Il s’appuie sur un tas de chiffres. Prenons la région parisienne, l’Ile-de-France. C’est 31% de la production de richesse du pays. Mais ses ménages ne touchent que 22% des revenus. La différence entre 31 et 22, c’est la redistribution, c’est ce que Paris et sa région envoient au reste de la France: soit 110 milliards d’euros. 

Même constat pour le Grand Lyon : la métropole produit 3% de la richesse, mais ses ménages touchent un peu plus de 2% des revenus. L’écart est redistribué vers les zones moins riches. Même phénomène avec Toulouse. 

Comment s’opère la redistribution métropoles - zones moins rurales ou petites villes ? 

Il y a les transferts publics, comme les retraites ou les impôts que prélève l’Etat et qui repartent en services publics. Mais il y a aussi les dépenses de tourisme. Les habitants des métropoles partent plus en vacances et les plus aisés ont des résidences secondaires, qui font vivre d’autres villes ou villages. Encore plus grâce au Covid ou au télé-travail. 

Mais attention les métropoles sont aussi les endroits où les inégalités sont les plus criantes -avec des taux de pauvreté élevés, des loyers stratosphériques et pas seulement des multipropriétaires - tout le monde n’est pas logé à la même enseigne- et l’Ile-de-France risque de sortir très affaiblie de la crise du Covid. 

Elle concentre 40% de la chute des embauches l’an dernier. Il n’y a plus de touristes étrangers, les aéroports -gros pourvoyeurs d’emplois- sont quasi à l’arrêt, il n’y a plus de salons, plus d’activités culturelles, les boutiques sont à la peine. Il ne sera pas si facile de s’en remettre… 

L’Etat a toujours soutenu ses territoires,  par Laurent Davezies, publié au Seuil, collection République des Idées.