Alstom et Siemens vont-ils réussir à fusionner leurs activités ferroviaires? Pas sûr, la Commission européenne pourrait s’y opposer. Seule certitude à ce jour: l’affaire est devenue très politique.

C’est le moins que l’on puisse dire. Il ne se passe une journée ou presque sans que Bruno Le Maire fasse savoir à Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la concurrence, qu’un niet au projet de fusion serait une erreur économique et une faute politique. Les mots sont très sévères. Berlin est également monté au front, sans même parler des deux industriels qui laissaient entendre en fin de semaine dernière qu’ils étaient pessimistes quant à l’avenir de la fusion, histoire de faire, là encore, pression sur la dame de la concurrence. Dans cette affaire, La France et l’Allemagne estiment que les deux géants européens du TGV doivent s’unir pour résister aux champions du train des pays émergents, notamment au chinois CRRC. 

En face, les services de Bruxelles doivent veiller au maintien d’une concurrence saine, pour protéger les consommateurs européens et pour que n’importe quelle entreprise, européenne ou non, puisse avoir toutes les chances de prospérer sur le marché européen. 

La France et l'Allemagne sont très remontés, car ce contenter de défendre la concurrence pour le bien exclusif des consommateurs, c’est, à l’heure de la mondialisation, prendre le risque d’affaiblir l’industrie européenne, et donc les salariés qui peuplent ce vieux continent. Et cela la France et l’Allemagne ne le veulent plus. Ouvrons les yeux : la Chine ne s’embarrasse pas de ces règles, elle fusionne ses entreprises comme bon lui semble. L’Amérique de Trump non plus : elle affiche un slogan qui résume à lui seul sa stratégie: America first. Pour autant, ce n’est pas à Margrethe Vestager de favoriser l’émergence de géants européens, ni d’écrire la politique industrielle des 28. Cette responsabilité incombe aux Etats. Or sur ce sujet comme sur d’autres, l’Europe est en panne. 

Pour bâtir une politique industrielle commune, les Etats doivent s’entendre et accepter d’abandonner un peu de souveraineté nationale au profit d’un projet industriel collectif. Souvent les pays européens posent le bon diagnostic, mais calent lorsqu’il s’agit de passer à l’acte. La meilleure preuve de cette difficulté est l’impuissance de Bruno Le Maire à convaincre actuellement ses partenaires de mettre en place une taxe sur les GAFA. L’Europe, c’est devenu un orchestre ou chacun a décidément tendance à jouer sa partition.

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