On ne connaît par les chiffres exacts mais environ la moitié des Français sont en télétravail, en chômage partiel ou à la maison pour garder les enfants. Ce n’est pas sans risque, comme nous l'explique l'addictologue Alexis Peschard de GAE Conseil.

Confinement et addictions
Confinement et addictions © Getty / jeffbergen

On l’oublie souvent, mais le travail, quel qu’il soit, est beaucoup plus qu’une activité rémunérée, c’est aussi un environnement social très structurant. 

C’est même pour certains un “vecteur thérapeutique”. Cette expression est utilisée par Alexis Peschard, qui est addictologue et spécialiste de la prévention des risques psycho-sociaux en entreprise. Il a créé le cabinet GAE Conseil, avec des psychologues, des médecins et des patients-experts, pour prévenir et gérer les addictions en milieu professionnel. 

Drogue, alcool, jeux ou même addiction au travail, 44% des salariés ont déjà observé que des collègues avaient des pratiques inquiétantes sans oser en parler. En ce moment, Alexis Peschard nous appelle à redoubler de vigilance. 

Pourquoi la vigilance est nécessaire ? 

Son cabinet accompagne actuellement une centaine de patients qui souffrent d’addiction. Et depuis le début du confinement, il constate que sept sur dix replongent. 

L’explication est, hélas, très simple. Les deux principaux facteurs de rechute sont l’absence de lien social et l’ennui. Evidemment, le confinement ou le chômage partiel exacerbent ces deux risques. 

Les protocoles d’accompagnement, qui reposent sur des consultations et des groupes de parole, sont très perturbés. Et pour beaucoup, la routine professionnelle, qui sert de cadre, disparaît. Les addictions comportementales n’ont plus de barrière: jeux vidéos, jeux d’argent, pornographie, achats compulsifs, troubles du comportement alimentaire, sont à surveiller. 

Des risques chez les gens qui ne sont pas en télétravail

Des risques de surmenage et d’angoisse accrue bien sûr. Chez les soignants notamment, qui sont déjà considérés comme une population à risque pour les addictologues, ne serait-ce que pour le tabac. 

En règle générale, on observe aussi davantage de troubles d’addiction chez les chômeurs. Avec cette crise, certains vont avoir encore plus peur pour leur employabilité. Et chez ceux qui sont en chômage technique ou partiel, il y a évidemment beaucoup d’anxieté, notamment sur la survie de leur entreprise. 

Soyons donc attentifs à eux, comme aux personnes avec qui nous télétravaillons. Si ceux-ci vous envoient des courriels “hors cadres”, au milieu de la nuit par exemple, ou sur des sujets inhabituels, il ne faut pas répondre, mais prendre de leurs nouvelles, avec bienveillance. Et méfiez-vous des plaisanteries, très nombreuses sur les réseaux sociaux, qui invitent à boire. De tous ces rendez-vous apéro… Ils disent quelque chose de notre angoisse et des risques de dépendance qui l’accompagne. 

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