La semaine dernière, la France a émis un emprunt vert et les investisseurs se sont rués dessus. L’Italie avait fait la même chose une semaine plus tôt, avec, elle aussi, un très grand succès. De quoi parle-t-on exactement ?

Quand l'Etat verdit sa dette
Quand l'Etat verdit sa dette © Getty / Sarayut Thaneerat

Les Etats empruntent de l’argent toutes les semaines sur les marchés financiers pour financer leur déficit. 

Et, bien sûr, ils ne vont pas à la banque comme vous et moi. Impossible quand on emprunte 280 milliards d’euros comme la France cette année. Ils émettent des obligations. Celles de la France s’appellent les OAT, pour Obligations assimilables du Trésor. 

Pour cela le ministère des finances travaille avec une quinzaine de banques qui achètent ces obligations toutes les semaines et les revendent à leurs clients : d’autres banques, des assureurs, des caisses de retraite, des fonds d’investissement, toutes ces institutions qui gèrent notre épargne. 

Et nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir que notre épargne ait un impact positif sur l’environnement

Exactement. Nous les épargnants français, mais aussi les retraités américains, les contribuables norvégiens ou les banques centrales, comme la Banque centrale européenne ou même la Banque de Chine. 

La France a donc décidé dès 2017 d’émettre un emprunt vert, une OAT verte. L’Italie vient de s’y mettre. L’Allemagne et le Royaume-Uni aussi qui va peut-être même le proposer directement aux épargnants. 

Pour vous donner une idée du succès que remportent ces emprunts: début mars l’Italie voulait emprunter 8 milliards d’euros pour financer des projets verts. Les investisseurs lui ont proposé 80 milliards, dix fois plus ! On peut donc emprunter moins cher et sur une plus longue période. 

Et comment est-on sûr que l’argent va à des projets environnementaux et pas à l’achat d’armes ou au financement d’une route ? 

A l’œil nu, on ne peut pas le voir car l’argent -vert ou pas- arrive dans la même caisse, celle de l’Etat qui sert à payer tous les fonctionnaires et toutes les dépenses. Mais le ministère des finances doit identifier précisément en début d’année les missions qui pourront être financées par les OAT vertes. 

Il rend compte à un comité d’experts et à l’agence de notation Vigeo. Il publie aussi un rapport annuel d’allocation et de performance, disponible surle site de l'Agence France Trésor, qui dit à quoi ont servi les fonds et explore l’efficacité des projets, des structures ou des politiques publiques, comme le Crédit d’impôt à la transition énergétique, devenu depuis Ma Prime Renov, ou le fonctionnement des Voies navigables de France. 

Alors on est encore loin de l’idéal : un budget 100% positif pour le climat, donc 100%  finançable par des OAT vertes. Mais l’OAT verte amène les enjeux climatiques au cœur de Bercy et la finance se convertit plutôt vite. En trois ans seulement, le volume d’emprunts verts dans le monde a été multiplié par dix, autour de 1000 milliards d’euros. Ce n’est plus anecdotique.