Le gouvernement a décidé de limiter le déploiement en France des équipements télécoms du groupe chinois. Mais plutôt que de le combattre frontalement, l’exécutif met la pression sur les opérateurs.

Huawei fait peur aux autorités françaises. Le grand public connait bien ce géant de télécoms qui s’est imposé à la deuxième place des fabricants de smartphones. On le connait moins en tant qu’équipementier: or ses matériels sont utilisés par les opérateurs mobiles du monde entier. Mais les occidentaux soupçonnent Huawei de se servir de ses positions dans les réseaux à des fins d’espionnage. Même si aucune preuve n’est jamais venue étayer cette thèse, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Pologne ou l’Allemagne ont pris de mesures plus ou moins coercitives. En France, c’est plus compliqué, pas question de se fâcher avec Pékin. Le gouvernement veut donc déposer, cette fin de semaine, un amendement à la loi Pacte, qui contraindrait les opérateurs à demander une autorisation préalable pour tout nouveau déploiement de matériel et toute nouvelle mise à jour de logiciels sur ces équipements.  

Qu’est-ce qui a décidé le gouvernement à réagir ?  

Au-delà des contingences géopolitiques, le patriotisme économique a peut-être joué. Il se souvient que l’Europe possède ses propres champions: le Suédois Ericsson et le Finlandais Nokia qui a absorbé Alcatel-Lucent. Peut-être aussi une bourde des responsables de SFR. En octobre dernier, la maison-mère Altice inaugurait à Balard, dans le sud de Paris, son nouveau quartier général. A cette occasion, il a procédé à une expérimentation 5G grandeur nature avec du matériel Huawei. Or une règle tacite contraint les opérateurs à ne pas utiliser de matériel chinois en région parisienne, et jamais sur le cœur de réseau. Or qui est le voisin d’Altice à Balard? Le ministère de la Défense. Les militaires n’ont pas apprécié.  

Les opérateurs crient à l’hypocrisie

Certains sont plus remontés que d’autres SFR et Bouygues Telecom notamment. Officiellement, Orange et Free n’utilisent pas de matériel Huawei dans l’Hexagone. Mais selon nos informations, Orange a déployé, depuis peu une soixantaine d’antennes 4G de la marque chinoise dans la région de Montpellier. On sait aussi que Fabienne Dulac, la patronne d’Orange France a récemment fait le voyage à Shenzhen, au siège de Huawei. En réalité, les opérateurs ont un vrai dilemme: on leur demande de se passer des matériels les plus performants et les moins onéreux du marché. Tout ça à la veille de l’arrivée de la 5G.

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