Un trou de presque 2 milliard d’euros a été découvert dans les comptes de la société allemande, Wirecard. Son patron, une star de la tech outre-Rhin, a été arrêté, puis libéré sous caution. Une gigantesque fraude qui déstabilise la place boursière de Francfort.

Le patron de Wirecard, Markus Braun, une star de la tech, a été arrêté hier et relâché sous caution. Il a dû payer 5 millions d'euros et il n’est pas sorti d’affaires. On le soupçonne d’avoir gonflé artificiellement le bilan de son entreprise et d’avoir trompé les investisseurs et les clients. Les autorités bancaires, boursières ou son commissaire aux comptes, le cabinet EY, n’ont rien vu. C’est un énorme scandale outre-Rhin. 

Wirecard est une société spécialisée dans les services de paiement sur internet. Elle gère les pages de paiement de 24 000 sites et transfère l’argent des clients vers les commerçants. 

Elle a démarré en 1999 - c’est une jeune société- en travaillant avec les  secteurs mal aimés des banques ou risqués - les sites de rencontre, les sites porno, les jeux en ligne, des compagnies aériennes low cost- puis a acheté une banque et s’est diversifiée. Elle compte 3600 employés.

Comme l’argent a-t-il disparu ? 

Pour le comprendre, le mieux, c’est encore de lire le Financial Times. Ce sont les journalistes du quotidien britannique qui ont révélé le pot aux roses. Leurs premières révélations datent d’octobre 2018. Il y a un an et demi donc. 

Leur enquête nous emmène aux Philippines où ils ont découvert un pêcheur retraité dont l’adresse et l’identité avait été usurpées pour créer une société fictive cliente de Wirecard. Ils ont montré comment  les ventes et les bénéfices étaient gonflés artificiellement. 

L’entreprise a nié et dénoncé une tentative de manipulation boursière. Elle a été soutenue par le gendarme de la Bourse allemand, qui a interdit la spéculation à la baisse sur son action. Evidemment, celle-ci s’est littéralement effondrée depuis. 

Car le Financial Times avait raison ? 

Sur toute la ligne. Jeudi dernier, Wirecard a fini par avouer qu’il y avait bien un trou de presque 2 milliards d’euros dans son bilan, où apparaissaient deux faux comptes bancaires philippins. Ils n’ont jamais existé, ce que la Banque centrale a confirmé. 

En Allemagne, malgré l'enquête du FT, personne n’a rien voulu voir venir. Pourtant en 2018, Wirecard a remplacé Commerzbank dans l'indice DAX, le CAC 40 allemand. C’était donc une société très en vue. 

Cela soulève un énorme problème de compétence pour la place financière de Francfort à l’heure du Brexit. Qui voudra s’y relocaliser ? Pire encore, Wirecard s’est beaucoup développée en Asie, où l’Allemagne est un immense exportateur. Après le dieselgate, c’est un autre mauvais coup pour l’image de la fameuse “qualité allemande”. 

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