Hier la coopérative Sodiaal, qui regroupe 17 000 producteurs de lait, a annoncé qu'elle allait reprendre le contrôle de la marque Yoplait, en partie cédée à un groupe américain. Le yaourt à la petite fleur redevient donc 100% français.

Lait, yaourts et fromages : les grandes manœuvres
Lait, yaourts et fromages : les grandes manœuvres © Getty / Patrick Lefevre

En 2002, la première coopérative laitière française avait cédé la moitié de sa filiale Yoplait à un fonds d’investissement, qui l’avait ensuite revendu à l’industriel américain General Mills, actionnaire de Géant Vert et de Haagen Dasz. 

Mais il y a quelques mois, Américains et Français ont fait le constat que le marché des produits laitiers était de plus en plus local et ils ont décidé de se répartir les actifs de Yoplait. General Mills garde les activités au Canada. Sodiaal reprend 100% des activités en Europe. 

La coopérative aura ainsi les mains libres sur toute sa gamme de produits, du lait Candia au fromage Entremont, en passant par toutes les marques de Yoplait: Perle de lait, Yop ou P’tits Filous. 

Et il y a d’autres grandes manœuvres dans le secteur du lait

La semaine dernière, les groupes Bel et Lactalis ont fait un échange d’actifs spectaculaire. Bel, propriétaire de La Vache qui Rit, de Babybel ou de Boursin, vend à Lactalis le fameux fromage hollandais Leerdammer. En échange, Lactalis qui possédait un quart du capital de Bel, lui rend ses actions. 

Bel redevient donc une entreprise familiale, indépendante, et poursuivra son tournant stratégique. Le groupe a en effet décidé de s’alléger dans les fromages pour se développer dans dans les produits végétaux comme les compotes Pom’Potes et Materne. 

Lactalis, de son côté, continue à grossir. Il a fait neuf acquisitions en 2019 et deux autres l’an dernier. C’est presque de la boulimie. Avec 20 milliards d’euros de chiffres d’affaires, il pèsera bientôt autant que Danone, 24 milliards de chiffre d’affaires, grâce à l’eau en bouteilles.

Derrière ces mouvements, on devine des stratégies assez différentes…

Lactalis, le mastodonte, le fameux camembert Président, joue la carte mondiale, la globalisation. Il veut un marché mondial le plus fluide possible. 

Sodiaal joue la carte opposée: la coopérative met en avant le côté très local, elle voudrait rapprocher les éleveurs du consommateur et nous impliquer dans les choix de rémunération des éleveurs afin qu’ils puissent avoir un revenu décent, protéger la biodiversité et se préoccuper de bien-être animal. Quitte à nous faire payer les produits un peu plus chers. 

Bel constate que les régimes alimentaires changent et en tire les conséquences. Quant à Danone, il essaie de faire tout ça en même temps, ce qui ce qui n’est pas forcément très lisible pour le consommateur et  ça a (en autres) coûté son poste de patron à Emmanuel Faber. Car derrière tous ces choix, vous l’aurez compris, il y a avant tout une belle bagarre pour les parts de marché.