En janvier 2020, la présidente de la Commission européen, Ursula von der Leyen a déclaré: “pour être un acteur géopolitique, il faut pouvoir être garant de sa souveraineté technologique”. Un an plus tard, on est loin du compte…

Très loin du compte si l’on en juge par cette anecdote. Vendredi dernier, les 27 ministres de la défense de l’Union européenne étaient réunis en visio-conférence avec le Haut représentant pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borell. 

Au milieu de la conférence, un jeune homme en t-shirt noir est apparu sur l’écran des ministres. Borell s’est étonné: “Vous savez que vous venez de faire irruption dans une conférence secrète”

L’intrus a tout de suite décliné son identité: Daniel Verlaan, journaliste de la chaîne de télévision RTL Pays-Bas. Il a fait une démonstration magistrale de la faiblesse du dispositif sécurisant les échanges européens. 

Mais comment a-t-il fait pour arriver là, il a des talents de hacker ? 

Même pas. Le journaliste a juste trouvé sur le compte Twitter d’un conseiller de la ministre de la défense de son pays le numéro de la visio-conférence et le début de son code secret. Il n’a eu aucun mal à reconstituer la suite.  

Cette intrusion bon enfant a fait rire les ministres de la défense participant à la réunion. Pourtant ce qu’elle montre est inadmissible: comment peut-il être aussi simple de pirater un conseil de défense européen ? 

Si les ministres utilisent un logiciel de conférence américain, avec simple identifiant et mot de passe, sans technique sophistiquée d’identification, soit ils n’ont rien à se dire, soit il y a un problème de crédibilité et de compréhension des enjeux technologiques du 21ème siècle.

Et cela vous inquiète ? 

Je ne suis pas la seule. On connaît le poids des Gafa, on sait que nos téléphones ne tournent que grâce à des logiciels américains, la 5G a montré notre dépendance à la Chine. Quelle est la prochaine étape ? 

Pour réveiller les consciences, l’Ifri, le centre de recherche sur les relations internationales, a créé un programme de “géopolitique des technologies”, dirigé par Alice Pannier. Sa première publication montre que nous risquons maintenant de nous faire dominer sur ce que l’on appelle les GovTech, les technologies qui permettent de mieux administrer l’Etat les services publics: systèmes de santé, enseignement ou villes intelligentes.

Et lorsque Xi Jinping, le président chinois, propose au G20 d’équiper les voyageurs d’un QR code chinois pour relancer les déplacements internationaux en équipant les voyageurs, nous avons raison, nous Européens, de redouter une technologie liberticide. Mais que proposons-nous comme alternative ? Pour l’instant, aucune.   

Alors personne en Europe ne devrait rire de cette intrusion de Daniel Verlaan. L’heure n’est pas vraiment à la légèreté.