Direction Preston, au nord de Manchester. Cette ville de 120 000 habitants a compris bien avant le référendum sur le Brexit qu’il fallait changer quelque chose dans l’économie si on ne voulait pas que les habitants renversent la table.

J’ai rencontré son maire Matthew Brown, dans sa ville, il y a une dizaine de jours, et c’est un élu passionné, habité par un projet fort : relocaliser l’économie et la démocratiser. 

Il s’y est attelé dès 2011, lorsque le Labour - le parti socialiste - est devenu majoritaire au Conseil municipal, donc bien avant le vote de 2016. Il avait alors compris qu’après des années d’externalisation des services publics, d’appels d’offres attirant les très grandes entreprises, d’omniprésence de franchises dans les rues commerçantes, la ville avait fini par tourner à vide. 

Toute l’activité servait à enrichir des groupes londoniens ou étrangers, qui ne privilégiaient ni l’emploi ni les produits locaux. Résultat : une envolée de la pauvreté, un mal-être profond, une augmentation des suicides. 

Comment a-t-il pu inverser la tendance ? 

Il a en fait tiré les leçons de la crise financière de 2008. Elle a tué dans l’oeuf un projet de promotion immobilière et commerciale qui devait redynamiser le centre ville. Il fallait donc trouver autre chose. 

Il a beaucoup lu, il a cherché ce qui fonctionnait à l’étranger. Il a étudié le tissu de PME industrielles en Italie du Nord, le modèle Mondragon-Fagor, une coopérative basque espagnole d’électro-ménager, ou encore la reconversion de la ville de Cleveland aux Etats-Unis. 

Il a ensuite augmenté les salaires des employés municipaux, puis convaincu la mairie, l’université, et bientôt l’hôpital, de faire des appels d’offre plus petits, avec des clauses qui privilégient les entreprises et produits locaux. Il crée un pole universitaire dédié aux coopératives. 

Ce n’est pas magique, la transformation prend du temps. Kay Johnson, qui tient un café en face de la mairie, explique qu’il faut reconstruire tous les circuits courts.

Mais le taux de pauvreté recule. Certains étudiants - c’est une grosse ville universitaire- pensent à rester. Les halles ont rouvert, avec des producteurs locaux. Et surtout Preston est devenue à la mode. On parle de son “modèle”, d’autres villes l’adoptent. Tout le parti travailliste s’en inspire. Sous le Brexit, l'Angleterre redécouvre le bon sens près de chez soi…

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