Cette année, personne n’ira en Hollande voir les champs de tulipes. On ne peut même pas acheter ces fleurs. Les fleuristes sont fermés dans toute l'Europe. Une crise pour les producteurs. Cela ne rend pas le gouvernement néerlandais plus ouvert aux mécanismes de relance européens. Il freine des quatre fers.

Aux Pays-Bas, on enterre les tulipes
Aux Pays-Bas, on enterre les tulipes © Getty / Christoph Soeder/picture alliance

Les producteurs détruisent les tulipes, tout simplement. Ils n'ont pas d'autre choix. Ces fleurs qu’on enterre par tonnes au tractopelle, c’est impressionnant. Rien ne se vend. C’est la première fois depuis plus cent ans que l’on voit cela à la grande Bourse des fleurs. 

Normalement presque 9 tulipes hollandaises sur dix partent à l’export

Cette années les frontières sont fermées. En plus les horticulteurs s’inquiètent : à la télé, on ne parle que de KLM, le bras néerlandais de Air France KLM et des restaurateurs, les tulipes et les roses sont passées sous silence. 

Ne sont sauvées que celles que les voisins peuvent venir chercher, gratuitement, directement chez le producteur. 

Ils ne sont pas confinés, les voisins des champs de tulipe ? 

Pas forcément. Les Pays-Bas comme la Suède ont choisi la stratégie dite du troupeau - “herd” en anglais - : laisser le virus se propager pour qu’un maximum de personnes soient immunisées. 

On a vu que le Royaume-Uni qui avait essayé de faire pareil est revenu en arrière. La Haye commence aussi à changer. Les Pays-Bas comptabilisent 214 morts, à la date d’hier matin. C’est l’équivalent de la France, puisque nous sommes quatre fois plus nombreux… 

Les Pays-Bas sont donc touchés violemment. Leur économie qui dépend beaucoup du commerce international, vacille aussi. Et pourtant, le ministre des finances néerlandais est aujourd’hui le plus opposé aux initiatives européennes de relance de l’économie.  

Ca se traduit comment cette opposition ? 

Lorsque la Banque centrale européenne a décidé, en urgence, mercredi dernier dans la soirée, qu’elle mettrait 750 milliards d’euros à la disposition des banques et des Etats de la zone euro, le gouverneur de la Banque des Pays-Bas a voté contre, comme son collègue allemand. 

Hier soir, les ministres des finances de la zone euro étaient réunis pour l’Eurogroupe. La France plaide pour qu’ensemble, les Etats émettent un emprunt européen. On l'appellerait le Coronabond. Il bénéficieraient des taux d’intérêt très bas -ceux de l’Allemagne- et permettrait, le moment voulu, de relancer l’économie. Eh bien La Haye n’est pas d’accord: pas question de mutualiser les dettes. Hier on a donc évité le sujet qui fâche.

On a aussi en Europe un fonds de secours: le Mécanisme européen de solidarité. Si l’Italie et l’Espagne l’utilisent, La Haye - avec sa rigueur très protestante -voudrait qu’il y ait des contreparties. En gros des plans d’économies, de réformes, la troïka, quoi. Mais ça n’a pas de sens dans une crise qui est sanitaire avant d’être économique. Hier toutefois Vopke Hoekstra, le ministre des finances néerlandais,  a assoupli sa position. Mais on ne pourra pas acheter de tulipes pour le remercier. 

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