Eurostar, la compagnie ferroviaire qui assure le trafic Paris-Londres ou Londres-Bruxelles-Amsterdam, a perdu 95% de ses passagers depuis un an. C’est une catastrophe. Et son patron Jacques Damas est inquiet. Fin avril ou courant mai, l'entreprise n'aura plus un euro ni une livre en caisse.

En un an, l'Eurostar a perdu 95% de ses clients
En un an, l'Eurostar a perdu 95% de ses clients © Getty / Peter Adams

Jacques Damas, à la SNCF, tout le monde le connaît, Mathilde. Il a derrière lui 40 ans de maison dont 8 au comité exécutif. Il a été le patron de l’exploitation des trains qui n’ont aucun secret pour lui. 

Alors quand Mike Cooper, le britannique qui dirigeait Eurostar a démissionné en plein mois d’août, l’an dernier, pour rejoindre la Deutsche Bahn, la compagnie ferroviaire allemande, il a accepté la mission très difficile d’aller sauver Eurostar. Il est arrivé à Londres en octobre juste avant que la deuxième vague de Covid reparte. 

C’est un patron qui a son franc parler, qui dit les choses. Le Financial Times le décrit comme « théâtral ». 

Et on comprend qu’il dramatise la situation : fin avril, début mai, Eurostar n’aura plus ni euro ni livre sterling en caisse. Si rien n’est fait ce sera la faillite. Depuis janvier, il alerte la presse et demande d’urgence un prêt garanti par l’Etat. 

Et alors ? Eurostar va l’obtenir ? 

Eh bien c’est compliqué. Comme dit Jacques Damas : quand j’arrive à Paris et que je vais voir le gouvernement on me répond : "Yourostar, la société anglaise…  allez voir à Londres". Et quand j’arrive à Londres, on me dit : " Ah Heurostar, la filiale de la SNCF, voyez donc avec Paris."

Il se retrouve coincé au milieu de la Manche: Paris ne peut pas accorder un prêt garanti par l’Etat à une société de droit anglais et Londres, légalement, ne peut pas garantir le prêt d’une société détenue par un État étranger. Or Eurostar c’est à 55% la SNCF, qui est à 100% l’Etat Français. 

Londres en outre a vendu en 2015 sa participation dans Eurostar à deux fonds d’investissement: la Caisse des dépôts du Québec et le fonds britannique Hermès infrastructures. Avant d’aider Eurostar, les deux gouvernements veulent que ces financiers fassent leur part de l’effort. Les Québécois sont motivés. Les Britanniques de Hermès beaucoup moins. 

Pendant ce temps l’heure tourne ! 

Oui et les nerfs de Jacques Damas sont à rude épreuve. Il faut savoir qu’il a été le premier directeur opérationnel d’Eurostar, qu’il a fait le voyage inaugural sous la Manche avec la reine Elisabeth et François Mitterrand, en 1994. Il prend donc sa mission très à cœur.  

Il a réduit les coûts d’Eurostar: baisse des salaires, négociations avec les sous-traitants, réduction de la direction. Il prépare la fusion avec Thalys, le train à grande vitesse Paris Bruxelles Amsterdam. Il ne lâche rien. 

Mais comme pour le Brexit, les prochains jours vont être stressants: l’accord tombera sans doute au dernier moment…