La Commission européenne enquête sur les pratique d'Amazon. Savez-vous que lorsque vous achetez sur Amazon un livre, un DVD ou même un paquet de couches, très souvent, ce n’est pas à Amazon lui-même que vous l’achetez, mais à l’un des nombreux vendeurs qu’il héberge sur sa plateforme ?

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GAFA © Getty / Chesnot

Par Marc Chevallier.

Cette activité de place de marché représente plus de la moitié du chiffre d’affaires du géant de l’e-commerce, qui pourrait dépasser les 200 milliards de dollars cette année. Si Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la concurrence, lance une enquête, c’est qu’elle suspecte Amazon d’utiliser les données qu’il collecte sur ces ventes réalisées par des tiers dans le but de mieux vendre ses propres produits. Ce qui serait un abus de position dominante.

Après l’amende de 13 milliards infligée à Apple pour ses pratiques fiscales en Irlande et celle de 4 milliards à Google cet été, on a le sentiment que l’Europe se réveille…

C’est vrai que dans les deux cas, la Commission européenne a envoyé un signal fort. Mais d’une part, les deux géants ont des armées d’avocats et de juristes qui vont faire traîner en longueur ces affaires le plus longtemps possible. Et d’autre part, ces amendes ne règlent rien. Prenons l’exemple de Google : la Commission punit l’entreprise pour avoir profité de la présence de son système d’exploitation Android sur la plupart des smartphones pour imposer ses applications maison. Mais Bruxelles ne propose aucun remède concret pour mettre fin à cette situation de domination.

La solution ne viendra donc pas de l’Europe ?

Il ne faut pas espérer de solution à l’échelle européenne avant longtemps. Ce n’est pas moi qui le dis mais Sébastien Soriano. Pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est le patron de l’Arcep, le gendarme des réseaux en France. Que nous dit-il ? Que c’est aux Etats individuellement d’imposer aux géants du web des mesures qui permettent à des alternatives d’émerger. Il détaille certaines de ses mesures dans l’interview qu’il nous a accordée. Comme celle consistant à obliger les GAFA à partager la montagne de données qu’ils accumulent sur nos moindres faits et gestes.

Est-ce que ça peut être suffisant ?

Difficile à dire. Il y a bien une solution plus radicale : démanteler ces géants. Les Etats-Unis l’ont déjà fait par le passé, par exemple avec la Standard Oil de Rockfeller : en 1911, la Cour suprême l’a scindée en 34 sociétés pour mettre fin à son monopole dans le pétrole. On sait que Donald Trump déteste les GAFAS, qui le lui rendent bien. Sera-t-il cela qui mettra un coup d’arrêt à la croissance folle de Google, Amazon ou Facebook ? Même si le président américain est imprévisible, on peut en douter. Ce serait priver les Etats-Unis d’un des instruments majeurs de leur soft power aujourd’hui dans le monde.

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