L’une des principales coopératives agricoles françaises est en crise, au point que son avenir est menacé.

Champ de betteraves
Champ de betteraves © Getty / Inti St Clair

Même si vous mettez du sucre dans votre café, le nom de Tereos ne vous dira peut-être rien ; mais vous connaissez forcément ses marques, Beghin Say et La Perruche. Tereos, c’est l’une des principales coopératives agricoles françaises, détenue par 12 000 planteurs de betteraves. Avec plus de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, c’est l’un des tout premiers sucriers au monde. Mais il est fragilisé par la crise du sucre, dont les prix mondiaux ont baissé de 30% depuis trois ans. 

Il vient d’annoncer une perte de 242 millions d’euros. Tout le secteur souffre et certains acteurs ont annoncé la fermeture d’usines en France. Pas Tereos, mais le groupe a un handicap supplémentaire : sa dette, 2,5 milliards d’euros. Des coopérateurs réclament un changement radical de stratégie.

Que reprochent ces frondeurs à la direction de Tereos ?

En résumé, son ambition excessive. 

Depuis dix ans, Tereos s’est préparé à la fin des quotas sucriers en Europe, qui ont protégé la filière jusqu’en octobre 2017. Pour moins dépendre du sucre et de l’Europe, la coopérative s’est diversifiée dans l’amidon et dans l’éthanol, au Brésil et en Asie. Comme ses rivaux, elle a aussi augmenté sa production de sucre à la fin des quotas, mais cela a contribué à la chute des prix.

Depuis un an, les frondeurs accusent publiquement la direction de tous les maux, et notamment d’enjoliver la situation de la coopérative. En mars, ils ont accusé Tereos « d’acte de terrorisme » parce qu’un sac de sorbitol sorti de ses usines s’est retrouvé aux mains de Daech. Cette plainte, très vite classée par le parquet antiterroriste, illustre l’ambiance nauséabonde qui règne autour de la coopérative.

L’épilogue de cette guerre interne, c’est pour quand ?

Le dernier acte de ce psychodrame se joue ce matin théâtre de Saint-Quentin, dans l’Aisne. C’est là qu’est convoquée, à 8h30, l’assemblée générale de Tereos. Les coopérateurs ont désigné, ces dernières semaines, les 181 « grands électeurs » qui les représenteront. Leur rôle : élire de nouveaux membres du conseil de surveillance. Des votes susceptibles de faire basculer le rapport de force à la tête du groupe. 

Si l’équipe en place est renversée, la coopérative pourrait être démantelée. Les frondeurs ont promis la vente de nombreuses filiales. Pour les en dissuader, la direction a prévenu qu’un tel retour en arrière risque de condamner l’activité betteravière de la coopérative, alors même que les cours remontent. 

C’est en fait l’avenir de la filière sucrière française qui se joue ce matin. 

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sure © Getty / Wachara Kireewong / EyeEm
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