C’est une vraie série télé, à suspense. On pourrait l’appeler “ Il faut sauver le soldat Lagardère”. Dans la saison 1, c’est Nicolas Sarkozy qui rentrait au conseil de surveillance du groupe Lagardère. Dans la saison 2, Vincent Bolloré venait le soutenir face à un fonds d’investissement anglo-saxon. Voilà la saison 3.

Nouveau rebondissement. Cette fois c’est Bernard Arnault à titre personnel, avec sa société familiale et pas avec LVMH, qui vient aider Arnaud Lagardère. Au nom, dit-il, de l’amitié avec son père Jean-Luc. 

Alors pourquoi Arnaud Lagardère a-t-il besoin d’aide ? Dans les saisons 1 et 2, il a réussi à éviter qu’un fonds d’investissement anglo saxon ne prenne le pouvoir dans son groupe. Le groupe Lagardère, ce sont les magasins Relay, des boutiques duty free d’aéroports, le troisième éditeur mondial Hachette Livre, Paris Match, le JDD, la production télé (C dans l’Air) ou Europe 1. 

Mais cela n’a pas réglé son principal problème : il est très endetté, et surtout sa dette dépasse la valeur de ses actions Lagardère. Hors ceci est interdit lorsqu’on est le principal associé d’une commandite. Cette structure permet de contrôler un groupe avec peu d’actions, mais il faut pouvoir éponger les pertes si nécessaire. 

Bernard Arnault va lui prêter de l’argent ? 

Il va lui en apporter en échange d’un quart du capital de la société qui contrôle les autres. On parle de 100 millions. Arnaud Lagardère pourra donc rembourser sa banque, le Crédit agricole, qui craint d’être accusé de soutien abusif. Mais cela a un prix: il faudra partager le pouvoir avec Bernard Arnault.

Alors cela va-t-il fâcher Vincent Bolloré, qui était venu plus tôt à la rescousse de Lagardère ?

Eh bien, ce n’est pas sûr. Car hier l’action a pris 16%. Et surtout, une fois de plus, le capitalisme familial - ou plutôt le capitalisme de milliardaires- à la française a gagné contre les vilains fonds anglo-saxons. 

Pourquoi une fois de plus ? 

Parce que plusieurs milliardaires contrôlent d’énormes groupes avec une toute petite partie du capital et beaucoup de dette. C’est par exemple le cas de Jean-Charles Naouri, le patron du groupe de distribution Casino-Monoprix. 

Or les fonds anglo-saxons détestent ces organisations qu’ils jugent peu transparentes et pas démocratiques. Régulièrement, ils tentent un putsch contre ces milliardaires. Mais le fonds qui leur dictera sa loi n’est pas né. Ils se soutiennent et s’enrichissent les uns les autres. 

Il ne nous reste plus qu’à espérer que ce capitalisme familial profite aussi aux salariés, à l’emploi et à l’économie du pays. Car ça les fonds anglo-saxons obsédés par les dividendes s'en soucient en général assez peu. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.