Depuis des années, les chercheurs s’inquiètent du phénomène des travailleurs pauvres, c’est-à-dire ces millions de salariés qui touchent des salaires trop faibles pour sortir de la pauvreté.

On a longtemps pensé que ce phénomène était encouragé par les gouvernements successifs qui, depuis 25 ans, ont réduit le coût du travail au niveau du salaire minimum. Ils ont multiplié les exonérations de cotisations sociales proches du SMIC, ce qui aurait incité les patrons à embaucher et à maintenir leurs salariés proche de ce salaire pour continuer à bénéficier de ces exonérations. Ce serait donc un cercle vicieux qui piégerait les salariés proches du salaire minimum. C’est ce qu’on appelle la trappe à bas salaire, ou trappe à pauvreté.   

Mais surprise, et c’est plutôt une bonne nouvelle: SMIC un jour ne veut pas dire SMIC toujours. Le service statistique du Ministère du Travail, La DARES, a suivi deux millions 500 000 salariés pendant 21 ans, et résultat des courses: globalement, en France, les salaires progressent rapidement avec l’âge. Plus des 2/3 des salariés touchent un jour le SMIC, mais la plupart évoluent rapidement vers de meilleurs salaires. 

Comment expliquer que beaucoup aient le sentiment de ne pas s’en sortir ?

Premier élément de réponse: cette progression des salaires concerne la majorité des salariés, mais pas tous les salariés. Si l’on passe un an au SMIC, on a 70 % de chance de ne plus y être l’année suivante. Mais si on passe 4 ans de suite au SMIC, cette probabilité tombe à seulement 40 % de chance de s’en sortir. Une minorité de salariés se retrouve donc enfermée dans une trappe à bas salaires. Deuxième élément de réponse: on peut connaître des accidents de parcours, par exemple un licenciement économique parce que son usine ferme, ou un problème de santé. Et dans ce cas-là, on peut retomber au niveau du salaire minimum, alors qu’on en était sorti. Or, plus on est âgé, plus le risque est grand de rester au SMIC. Pour les seniors, il est plus difficile de sortir de la trappe à bas salaire que la moyenne des salariés…et c’est également vrai pour les femmes.  

Que doit-on en conclure ?

Ce que nous dit en creux l’étude de la DARES, c’est que le niveau du SMIC horaire n’est pas trop élevé, puisque les patrons augmentent rapidement leurs salariés. Le problème, ce n’est donc pas le salaire horaire, mais le salaire tout court, car les travailleurs pauvres sont souvent à temps partiels et ils alternent entre chômage et emploi précaire. La solution, c’est donc d’une part de leur permettre de se former, et d’autre part de mieux encadrer les contrats courts.  Ça tombe bien, le gouvernement va bientôt dire ce qu’il compte faire à ce sujet dans le cadre de la réforme de l’assurance chômage. La balle est dans son camp.

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