La loi Pacte sur les entreprises, votée en mai 2019, impose aux entreprises de publier une nouvelle donnée: le ratio d’équité salariale. Elles l’ont fait dans leurs rapport annuel. Qu’est ce que ça montre ?

Ce ratio, c’est le rapport entre la rémunération du PDG et le salaire moyen dans l’entreprise. Au moment de la loi Pacte, Bruno Le Maire, le ministre de l'économie avait précisé: “nous ne voulons pas d’écarts de rémunération à l’américaine, où le salaire du dirigeant peut être 300 fois plus élevé que le salaire moyen”.

Pour voir quelle est la situation en France, le cabinet de conseil aux actionnaires, Proxinvest, a épluché les rapports de 120 sociétés cotées en Bourse. Bilan: un PDG gagne 73 fois plus qu’un salarié moyen de son entreprise. C’est beaucoup, mais bien moins qu’un Américain, qui se paie… 320 fois plus. 

Comme toujours derrière les moyennes, il y a de grosses différences. On peut dire que si une petite centaine d’entreprises sont raisonnables, d’autres n’ont rien à envier aux Américaines, notamment au sein du CAC 40. 

Vous pouvez nous donner des exemples ? 

Proxinvest en pointe deux. Teleperformance et Carrefour. Le patron des centres d’appel Téléperformance, Daniel Julien, a gagné l’an dernier 1128 fois plus que le salaire moyen dans son groupe. 

Quant au patron de Carrefour, Alexandre Bompard, il a gagné l’an dernier 7 millions 6. Il est rémunéré 321 fois plus que le salarié moyen. 

Publiquement, cet énarque est un peu gêné aux entournures. Dans le rapport annuel de l’entreprise, il ne voulait pas faire ressortir ce ratio de 321. Il a donc comparé sa rémunération à celle des salaires des cadres de la holding, plutôt que de prendre en compte tous les salaires du groupe, caissiers et manutentionnaires compris. 

Et pourtant il n’est pas dans le top 5 des patrons les mieux payés en France. Qui sont-ils ? 

Le numéro un, c’est toujours Bernard Charlès, le patron de l’éditeur de logiciels Dassault Systèmes, avec 22 millions d’euros. Ensuite, on a: 

-le patron de Technip FMC, Douglas Pferdehirt. C’est incompréhensible car il a raté la fusion qu’il avait engagée

-Daniel Julien de Téléperformance

-François-Henri Pinault, du groupe de luxe Kering

-et Jean-Paul Agon, le PDG de L'Oréal, avec qui la famille Bettencourt est très généreuse. Il aurait accumulé 313 millions d’euros en actions du groupe.

Pardon de vous avoir assommés avec tous ces chiffres. Je rappelle qu’ils ne concernent pas tous les patrons mais seulement ceux de certains grands groupes. En espérant que ce ratio d’équité ramène un peu de raison. 

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