Demain, un hommage national sera rendu aux Invalides à Jean Daniel, le fondateur de L’Obs, mort dans sa centième année. On saluera le résistant, le journaliste qui a porté un message de Kennedy à Fidel Castro, le jour de l’assassinat de Kennedy, l’homme qui a soutenu Soljenitsyne et qui regardait l'économie... de loin.

Jean Daniel, journaliste
Jean Daniel, journaliste © AFP / ULF ANDERSEN / Aurimages

L’économie, ça n’a jamais été sa tasse de thé. Il aimait la politique et la culture, les relations internationales, mais “quand on parlait de l’étalon-or, pour lui c’était un cheval”, se souvient avec beaucoup d’humour, Jean-Gabriel Fredet, l’un des premiers chefs du service économie du journal. 

Un peu comme François Mitterrand, il se méfiait des économistes et de leur jargon. Cela ne l’empêchait pas d’avoir une ligne, qui est restée celle de L’Obs. Par défiance vis-à-vis du marxisme et des communistes, il s’est retrouvé dans le courant de Pierre Mendès-France, de Michel Rocard et de Jacques Delors, de la CFDT d’Edmond Maire. Celui de la deuxième gauche donc, la gauche du réalisme budgétaire. 

Ça collait avec la vision de son ami le chef d’entreprise Claude Perdriel, qui a fondé Le Nouvel Observateur avec lui, et défend une gauche réformatrice, réconciliée avec l’économie de marché. 

La fin des illusions, en quelque sorte

Il y a eu un moment particulièrement crucial pour la gauche en économie : le tournant de la rigueur de 1982.

C’est peut-être le moment où Jean Daniel s’est le plus intéressé à l’économie. Il était proche de Jacques Delors, et c’est avec Michel Rocard ou Bernard Attali, un petit jeune qui l’intriguait, qu’il parlait de ces sujets à l’époque. Il a plutôt  soutenu ce tournant vers le “socialisme gestionnaire et responsable” tendance Delors. Pour lui, c’était  “l’Heure du mendésisme”.  

Mais il avait vu le risque de l’impasse. “Je pense que la gauche est en crise d’identité depuis qu’elle abandonne tout ce qu’il y a d’étatisme économique dans le marxisme”, écrivait-il.  Il craignait les dérives, libérales, opportunistes, affairistes d’une partie de son camp. Pas si mal vu. 

Il s’est aussi beaucoup interrogé sur le modèle de “l’économie mixte” cher à François Mitterrand, avec des entreprises nationalisées, d’un côté, un secteur privé de l’autre, et un État stimulant pour tous, la compétitivité et le profit. “Un haut-fourneau, un degré de compétitivité, une contrainte de la Communauté européenne ne sont ni de droite ni de gauche”, disait Mitterrand. On l’avait oublié ! 

Et bien sûr "L’Obs" lui consacre sa Une cette semaine

Oui avec un cahier spécial. C’est une tranche d’histoire, un destin, des photos incroyables et sa définition du journalisme : “être au bon endroit avec la bonne personne”.  

On suit les municipales à Paris, le nouveau patron d’Uber ou l’auteur de théâtre Alexis Michalik, dont le succès ne se dément pas. 

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