Hier, Huawei a dévoilé son premier projet d’usine en Europe. Elle verra le jour à Brumath, à une vingtaine de kilomètres de Strasbourg. Mais pourquoi construire une usine en France, alors même que l’Etat a demandé aux opérateurs de télécommunication de ne pas utiliser d’équipements du constructeur chinois pour la 5G?

Une usine Huawei s'installe dans l'Est de la France
Une usine Huawei s'installe dans l'Est de la France © Getty / Gerhard Joren

Ca paraît pour le moins paradoxal, vous avez raison. Car cette usine fabriquera justement des composants pour les antennes 5G. 

Et ce n’est pas une petite affaire: c’est un investissement de 200 millions d’euros. L’usine, qui serait opérationnelle en 2023, se veut exemplaire sur le plan environnemental, d’après le président du conseil d’administration de Huawei France, le Français Jacques Biot. 

Ce dernier a aussi promis de “dynamiser l’emploi qualifié” dans la région, avec la création de 300 à 500 postes. Et dans sa bouche, ce n’est pas rien:  avant de prendre sa retraite, Jacques Biot était  président de l’école Polytechnique. Le site de Brumath servira donc en quelque sorte de vitrine. 

Mais je repose ma question: pourquoi s’implanter en France, pays qui a voté une loi anti-Huawei ? 

Et bien la France n’est pas le seul Etat à avoir bloqué les équipements 5G de Huawei pour des raisons de souveraineté : le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, la Suède sont sur la même ligne. Ce qui limitait le choix de la firme chinoise, si elle souhaitait un grand pays central. 

Huawei, en outre, connaît bien la France. Le géant chinois y a déjà six centres de recherche, des programmes pour soutenir des start up et des boutiques pour montrer ses produits, notamment les téléphones qu’il peut continuer à vendre. 

Huawei est surtout pragmatique. Il fait le pari du long terme. Et puis les opérateurs télécom français restent de bons clients pour lui hors des frontières, en Afrique par exemple. 

Tout cela n’est pas un peu hypocrite ? 

C’est le fameux “en même temps” français: on veut les investissements et en même temps la souveraineté. On sent tout de même une gêne du côté du gouvernement car hier, aucun ministre n’a fait le déplacement à Strasbourg. C’est un signe. 

Cela dit, accueillir Huawei c’est aussi une manière de réaffirmer que dans la guerre qui oppose la Chine et les Etats-Unis pour la domination de l’économie mondiale, la France ne veut pas choisir son camp. C’est ce que répète souvent Bruno Le Maire.

Et même si avec l’administration Biden, le retour de Washington  dans l’Accord de Paris sur le climat, la tentation de se rapprocher des Etats-Unis est grande, il reste toujours une bonne raison de ménager la Chine: sa croissance. Le Fonds monétaire international a publié hier ses prévisions. Cette année, l’économie chinoise progressera de 8%, bien plus vite que celle des Etats-Unis (autour de 5%), de l’Allemagne (3% et demi) ou de la France, entre 5 et 6%.  avant de prendre sa retraite