Lundi soir, Emmanuel Macron a prononcé une phrase un peu intrigante: "Nous devons recréer la souveraineté protéinique de l’Europe". Que voulait-il dire par là ?

L'agriculture en France
L'agriculture en France © AFP / Philippe Roy / Aurimages

Tout simplement que l’Europe est dépendante des importations de protéines végétales, en particulier pour nourrir tous les animaux d’élevage. Les protéines végétales, c’est notamment le soja, le colza, les pois, les fèves, les lentilles… 

On fait donc venir des tourteaux de soja des Etats-Unis et d’Amérique latine. Ce faisant on encourage la déforestation, y compris en Amazonie. 

Surtout on ne peut garantir ni  l’absence d’OGM dans notre viande d’élevage, ni la souveraineté alimentaire de l’Union.

L’Europe importe les deux-tiers de son soja

La France un peu moins, 45% : nos agriculteurs se sont organisés en filière autour d’un géant coopératif, le groupe Avril-Sofiprotéol (propriétaire des huiles Lesieur et Puget). 

Mais on importe tout de même la moitié de nos lentilles. 

Cette dépendance est une vieille histoire... Il faut remonter au début des années 60. Les Européens mettent en place la politique agricole commune, la fameuse PAC. Les Américains les laissent subventionner leur agriculture, à condition de pouvoir exporter leur soja. C’est le Dillon Round, un accord commercial de 1962. Aux Européens, les céréales, aux Américains, les protéagineux. 

Alors que veut faire Emmanuel Macron ? 

Il veut encourager une politique européenne pour la production de soja, de colza ou de lentilles, car la demande - et les prix- va exploser. 

Pour deux raisons: hausse de population et changement d’habitudes: il y a de plus en plus de végétariens, flexitariens et de vegan. 

Mais ce sujet est un serpent de mer. Il y a déjà eu plusieurs plans protéines depuis les années 80. Trop timides. Le dernier en date est récent: il a été signé par Stéphane Le Foll. 

Ils n’ont pas servi à grand chose. La dernière fois que Donald Trump a menacé d’augmenter les droits de douane sur l’automobile, Jean-Claude Juncker a calmé les tensions en acceptant d’acheter plus de soja pour les biocarburants. 

La France semble décidée cette fois. 

Certes, mais les agriculteurs demandent des actes. Car le président a déjà tenu le même discours au salon de l’agriculture. 

En attendant, ils essaient d’innover. L’an prochain, le groupe Avril ouvrira une usine qui transformera directement le Colza en protéine directement comestible par l’homme, alors qu’il sert aujourd’hui à nourrir les animaux et à faire de l’huile. 

On peut d’ailleurs aller beaucoup plus loin. Un rapport de l’IDDRI l’institut du développement durable, a séduit le patron de Danone, qui en fait la promotion. Il montre qu’il nd faut pas planter plus de soja, de colza, mais changer notre alimentation, manger moins de viande, mais de meilleure qualité. On ira vers le zéro dépendance en libérant des surfaces pour favoriser la biodiversité. Mais ce serait en 2050. ça se prépare. 

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