Le géant coréen Samsung démarre demain la commercialisation de son dernier téléphone. Et il est très attendu, comme toujours, mais il arrive dans un contexte très particulier: son patron, Lee Jae-Yong, est en prison.

Plusieurs smartphones Samsung en présentation dans un magasin
Plusieurs smartphones Samsung en présentation dans un magasin © AFP / Artur Widak / NurPhoto

Samsung est le numéro un mondial du téléphone, avec 23% de part de marché, c’est-à-dire le double d’Apple. Ses appareils sont au moins aussi sophistiqués, parfois plus. Autant dire qu’on attend avec impatience les nouveaux modèles et leurs fonctionnalités.  

Mais la particularité du lancement du Galaxy S21 demain, c’est que Lee Jae-Yong, le président du groupe et représentant de la famille qui contrôle Samsung, le suivra depuis la cellule de sa prison en Corée du Sud… 

Qu’est-ce qu’il fait en prison ? 

Cet homme de 52 ans, fils du fondateur visionnaire du groupe, est impliqué dans un scandale de pots-de-vins qui a déjà fait tomber la présidente de Corée, il y a deux ans. Elle a été condamnée à 22 ans de prison. Le patron de Samsung lui a pris une peine de 2 ans et demi, qui vient d’être confirmée. Il lui reste 18 mois à faire.

Le plus incroyable, c’est qu’il gère le groupe depuis sa cellule. Et quel groupe ! Samsung, c’est un quart des exportations coréennes et un quart de la capitalisation de la Bourse de Séoul. Samsung Electronics vaut 430 milliards d’euros, mais il y a aussi Samsung SDI, fabricant de batteries, Samsung Biologics dans la pharmacie, etc…  

Pour vous donner une idée de la fortune de la famille Lee, Lee Jae-Yong doit régler à son pays presque 10 milliards d’euros de droits de succession après la mort de son père en octobre dernier. 

Mais ce séjour derrière les barreaux doit perturber le fonctionnement du groupe et donc de l’économie du pays ? 

Pas tant que ça Lee est vice-président du groupe, donc au quotidien, ce sont les directeurs généraux qui pilotent l’entreprise et ses 400 000 salariés. Ils consultent le président - jusqu’en prison- pour les décisions stratégiques ou les acquisitions. 

Certains craignent toutefois qu’à cause de cette situation le Chaebol -c’est le nom que l’on donne aux conglomérats coréens- , manque d’audace et ne sache pas prendre les tournants technologiques qui ont réussi au fondateur. D’autres, au contraire, estiment que l’affaiblissement de la famille Lee est une opportunité pour la Corée. 

Si elle perdait le contrôle de Samsung - que les pots de vins lui ont permis de garder- peut-être que le groupe serait éclaté et encore plus innovant. La Corée du Sud est déjà une économie très compétitive, la plus résiliente des pays riches en contexte Covid, nous dit le Fonds monétaire international. Son PIB a perdu l’an dernier à peine 1%.