Chez Airbus, on le sait, il y a de gros porteurs. Mais depuis hier, il y a aussi de grosses amendes. Pas aussi lourdes qu’un A380, mais pas loin. La somme est considérable : trois milliards et demi d’euros.

Le géant aérospatial européen Airbus a annoncé avoir trouvé un accord de principe avec les autorités américaines, britanniques et françaises, qui menaient des enquêtes anticorruption contre lui.
Le géant aérospatial européen Airbus a annoncé avoir trouvé un accord de principe avec les autorités américaines, britanniques et françaises, qui menaient des enquêtes anticorruption contre lui. © AFP / PASCAL PAVANI

C’est l’amende qu’Airbus va devoir payer pour mettre fin à une série de poursuites judiciaires au Royaume-Uni, en France et aux Etats-Unis. Une sale histoire de corruption, que le groupe européen traînait comme un boulet depuis des années. 

Pour vendre ses appareils, Airbus a versé des centaines de millions de dollars à des intermédiaires pas forcément au-dessus de tout soupçon. Lesquels intermédiaires auraient ensuite utilisé cet argent pour graisser la patte d’hommes politiques ou d’hommes d’affaires chargés, ça tombe bien, d’acheter des avions. Le soupçon existe en Chine, Turquie, Egypte, Kazakhstan, Autriche… On va s’arrêter là, car on pourrait y passer toute la chronique. 

Un système extrêmement perfectionné et connu de toute la direction. D’ailleurs la quasi-totalité des grands dirigeants du groupe ont dû faire leurs valises ces dernières années. Au point qu’on s’est demandé si Airbus avait eu raison d’aller dénoncer ses propres pratiques à la justice anglaise.

Airbus s’est auto-dénoncé à la justice

Mais n’allez pas croire que les dirigeants d’Airbus étaient des naïfs ou des idéalistes. Bien au contraire. Si Airbus s’est auto-dénoncé en 2016 à la justice anglaise, c’était pour prendre de vitesse la justice américaine, qui commençait à compiler des dossiers. Car en matière de corruption, les magistrats américains peuvent lancer des poursuites contre n’importe quelle entreprise à partir du moment où un simple billet de un dollar a été utilisé. Même si c’est pour un contrat entre un groupe français et une entreprise turkmène. 

Dit comme cela, c’est vertueux. Mais il faut savoir que, pour des faits équivalents, la justice américaine est infiniment plus dure contre les entreprises européennes que les entreprises américaines. Tiens, tiens… BNP Paribas, Société générale, Alstom ou Technip, peuvent tous témoigner de cette instrumentalisation du droit à des fins de guerre économique. 

Si Airbus avait été condamné par un juge américain, c’est rien de moins qu’une interdiction de participer aux marchés publics qui lui pendait au nez. Une condamnation qui aurait pu coûter à l’avionneur européen des dizaines de milliards de dollars, au profit notamment de Boeing. Mieux valait donc aller se dénoncer soi-même et négocier un règlement du dossier en coulisse, comme le groupe l’a fait. Vu comme cela, cette amende de trois milliards et demi de dollars, c’est pas grand-chose pour Airbus

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