Eramet, champion européen du nickel et le premier employeur privé de Nouvelle Calédonie, réunit demain son conseil d'administration. Au menu : le renouvellement du mandat de sa Présidente-directrice générale, Christel Bories sur fond de tension avec le premier actionnaire.

Christel Bories, PDG d'ERAMET en 2017
Christel Bories, PDG d'ERAMET en 2017 © AFP / THEO ROUBY / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Avant de parler d’Eramet je voudrais vous reparler d’Isabelle Kocher, l’ancienne directrice générale d’Engie. Vous vous souvenez que l’an dernier, en février, le conseil d'administration avait décidé de ne pas renouveler son mandat. Le conseil d’Engie a ensuite décidé de vendre sa participation dans Suez à Veolia, prenant le risque de déclencher une bataille boursière d’une rare violence. Elle est en cours. 

On s’est éloigné d’Eramet, mais je vous en parle parce que depuis l’éviction d’Isabelle Kocher, on a l’impression que la brutalité est de venue normale dans le capitalisme français. Étaler les différends entre puissants n’est plus tabou. Actionnaires, conseil d’administration, dirigeants règlent leurs comptes en direct. Deux patrons du CAC 40, Christophe Cuvillier d’Unibail, et Emmanuel Faber, celui de Danone, ont ainsi été débarqués sans ménagement. 

Et quel rapport avec Eramet ? 

Eramet a un PDG ou plus exactement une Pédégère, Christel Bories, une des rares femmes à la fois présidente et directrice générale dans une entreprise du SBF 120, l’indice qui regroupe les 120 premières sociétés de la Bourse de Paris. 

Et cette Pédégère dérange le premier actionnaire de l’entreprise Eramet, la famille Duval, 37% du capital. A leurs yeux, elle aurait trop endetté le groupe et prendrait des décisions sans consulter le conseil d’administration. Ils veulent donc, si ce n’est son départ, au moins que la présidence soit séparée de la direction générale. 

Ils en ont parlé à l’Etat, l’autre grand actionnaire d’Eramet, car le mandat de PDG de Christel Bories arrive à échéance.  

Et alors ?

Et bien Christel Bories a été très surprise, même prise de court, mais elle a beaucoup d’appuis : les analystes financiers, qui apprécient son énergie et sa pédagogie. Les salariés qui ont créé un groupe de soutien. Et Bruno Le Maire qui tient à avoir plus de femmes dirigeantes et surtout, qui soutient la stratégie et le bilan de la PDG. 

Il y a donc de bonnes chances que le conseil d'administration d’Eramet reconduise mardi le mandat de Christel Bories, qui ferait un geste en s’engageant à séparer les fonctions de président et directeur général dans trois ans. 

D’ici là, elle pourrait continuer de faire d’Eramet un grand groupe minier, le dernier en Europe, produisant du nickel, du manganèse et surtout du lithium, indispensable pour les batteries électriques. Aubert-Duval, la filiale industrielle, moins rentable, serait cédée, mais Bercy veut que ce soit à un consortium français. Airbus et Safran, avec un fonds, seraient sur les rangs. Drôle de moment donc pour déstabiliser la patronne. On verra demain comment elle s’en sort.