« La France travaille beaucoup moins que ses voisins » : Emmanuel Macron l’a encore répété jeudi dernier. Mais il a aussi reconnu que les Français figuraient parmi les plus productifs au monde. Qu’est-ce qui est le plus important ?

Ce qui est déterminant pour le niveau de vie d’une population, c’est en effet l’efficacité avec laquelle l’économie utilise les ressources à sa disposition pour créer des richesses.  Dans ce domaine, c’est vrai que nous sommes champions : chaque Français qui occupe un emploi a produit en 2018 10 % de richesses en plus qu’un Allemand, 12 % de plus qu’un Britannique, 26 % de plus qu’un Japonais. Il y a un revers à la médaille : si nous étions aussi peu productifs que nos voisins allemands, il y aurait près de 3  millions d’emplois en plus en France, et donc quasiment aucun chômeur. 

Il faut plutôt se poser la question du partage de ces gains de productivité  

Il vaudrait mieux individuellement travailler un peu moins pour donner du travail à tout le monde que de travailler plus longtemps, comme le veut Emmanuel Macron. Faire travailler plus les salariés déjà en poste, c’est laisser les chômeurs à la porte. Mais de toute façon, la productivité ralentit en France comme dans tous les pays développés. C’est inquiétant pour la croissance future. Les économistes se chamaillent: est-ce que les nouvelles technologies ne boostent plus la productivité ? 

Il y aurait aussi des causes franco-françaises, selon un rapport récent du conseil national de productivité. D’abord, le niveau de compétences des salariés français est inférieur à la moyenne des pays de l’OCDE. C’est surtout vrai pour les 45-64 ans, qui n’ont pas accès à la formation continue. Notamment parce que des secteurs comme les services à la personne qui emploient beaucoup de personnes non qualifiées se sont développés au détriment de secteurs plus productifs comme l’industrie. Depuis 20 ans, les gouvernements successifs ont encouragé cet essor en baissant les cotisations sociales et en créant de nouveaux contrats courts. Voilà le résultat.

Il y a une raison moins connue: la qualité du management français

Il est trop vertical, laisse peu d’autonomie aux salariés, entretient de mauvaises relations sociales, ce qui a de lourdes conséquences sur les performances économiques des entreprises françaises.  Ça n’est pas nouveau: il y a 70 ans, les experts américains du plan Marshall n’étaient déjà pas tendres avec les patrons français. Visiblement, réformer les patrons, c’est plus compliqué que le temps de travail.

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