Baptiste Legrand décortique ce matin une des promesses d’Emmanuel Macron : créer 30 000 places en crèche durant le quinquennat.

30 000 places en crèches : un pari impossible ?
30 000 places en crèches : un pari impossible ? © Getty / Johner Images

Il nous concerne tous, et pas seulement les mamans et les papas qui nous écoutent en donnant le premier biberon du matin. Parce que la crèche, ce n’est pas qu’un mode de garde pour les enfants de 2 mois à 3 ans.

Une place en crèche, c’est aussi un facteur d’égalité des chances lors des premières années qui sont décisives dans la construction d’un enfant.

Une place en crèche, ça permet de lutter contre la pauvreté car trop souvent, un des parents doit renoncer à travailler s’il ne trouve pas un mode de garde économique. 

Une place en crèche, ça réduit les inégalités salariales entre les femmes et les hommes, puisque ce sont souvent les femmes qui interrompent leur vie professionnelle.

Alors oui ! Trois fois oui ! Créons des places en crèche ! Le problème, c’est que l’engagement gouvernemental n’est pas prêt de se réaliser…

Pour atteindre son objectif, il en faudrait 8 000 par an. Or, il y a eu 1 700 nouvelles places en 2018, puis 2 560 en 2019. Le compte n’y est pas du tout.

Et en 2020, la Covid-19 n’a pas arrangé les choses...

Oui, à tel point que le ministère chargé de l’Enfance et des Familles nous explique que l’enjeu cette année a surtout été de faire en sorte que les crèches existantes survivent à la crise sanitaire… N’oublions pas que durant le premier confinement, elles ont été carrément fermées ! Il a donc fallu un effort financier pour éviter de perdre des capacités d’accueil.

Deuxième obstacle en 2020 : les élections municipales

Les villes ont eu, en effet, tendance à moins lancer de nouveaux projets. 

Parce qu’une nouvelle crèche, ça ne tombe pas du ciel, il faut des acteurs de terrains. Le pari du gouvernement est d’ailleurs de leur faciliter la vie en assouplissant les normes qui régissent les lieux d’accueil, à compter de la rentrée scolaire en septembre prochain.

Est-ce que ça accélérera les choses ? Peut-être. Mais quand bien même, l’objectif de créer 30 000 places est de toute façon très insuffisant. C’est simple, il en faudrait douze fois plus, 350 000, pour répondre aux besoins des 2,4 millions d'enfants de moins de 3 ans.

Cela représenterait une dépense de 5 milliards d’euros par an. C’est considérable, mais c’est moitié moins que la baisse de la fiscalité prévue l’an prochain pour les entreprises.

Enfin, il faut veiller aux déséquilibres entre les territoires. Un département comme la Seine-Saint-Denis compte deux fois moins de places de crèche que Paris, ramené au nombre d’enfants. Encore un service public qui gagnerait à être renforcé là où les besoins sont les plus criants…

L'équipe