Vendredi, Bruno Le Maire a envoyé un message clair aux entreprises: celles qui bénéficient d’une aide de l’Etat en trésrerie pour traverser la crise du coronavirus ne pourront pas verser de dividendes à leurs actionnaires. Mais que se passe-t-il pour celles qui ont recours au chômage partiel ?

Vendredi lorsque les partenaires sociaux sont sortis de la visioconférence organisée par le Président de la République, tout le monde était parfaitement d’accord, du Medef à la CGT. On pouvait donc penser que oui, le message avait été bien reçu. 

Il est inimaginable de demander de l’aide à l’Etat pour sa trésorerie, et d’utiliser ensuite cette trésorerie pour verser des dividendes à ses actionnaires. On ne va tout de même pas demander un report d’impôt ou un crédit garanti par l’Etat pour payer des dividendes. C’est du bon sens. Tout le monde est d’accord là-dessus. 

Mais il y a un point qui n’est pas clair, c’est le statut du chômage partiel. Quand on demande à l’Etat de payer le salaire de ses employés parce qu’on a fermé une usine ou ses boutiques, est-ce qu’on peut continuer à verser des dividendes ? 

Le chômage technique, c’est payé par l’Etat, c’est donc bien une aide de l’Etat… 

Eh bien ce n’est pas ce qu’a compris l’AFEP, l’association qui réunit les 110 plus grandes entreprises. l’AFEP, c’est une sorte de Super Medef. Hier, elle a donné ses règles du jeu à ses adhérents. Voilà ce qu’elle dit: si vous utilisez le chômage partiel, réduisez vos dividendes de 20% et la rémunération de vos dirigeants, après bonus, de 25%. 

Là on s’étrangle un peu… L’Etat va payer pour le chômage partiel, nous, pour ses déficits, mais pas touche à la rémunération des actionnaires ! 

Il y a une personnalité qui avait bien anticipé cette réaction. C’est Cécile Duflot, qui dirige l’ONG Oxfam. Elle a publié ce week end - c’était sur le site de l’Obs- une lettre pour demander au gouvernement de durcir les règles et de préciser que le chômage partiel comptait bien comme une aide.

Est-ce que le gouvernement va le faire ? 

Ce n’est pas sûr. L’AFEP dit que si le chômage partiel bloque les dividendes, certaines entreprises préfèreront licencier… Dans ce cas, la note sera encore plus lourde pour la collectivité. Donc, pour ces patrons, faire du chômage partiel serait un service rendu à la collectivité, pas à leur entreprise... 

C’est carrément cynique. Au passage, on remarquera que le président de la l’AFEP Laurent Burelle est aussi le patron et le premier actionnaire de l’équipementier automobile Plastic Omnium. Il vient de mettre 90% de ses salariés en France au chômage partiel, mais il compte bien se verser un dividende. 

Toutes les entreprises ne font pas ça. Chanel a décidé de ne pas demander le chômage partiel. JC Decaux, Safran ou Airbus, elles, ne verseront pas de dividende. Face à la plus grave crise depuis la deuxième guerre mondiale, il y a d’autres priorités.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.