Le fameux sac à dos isotherme bleu turquoise qui caractérise les livreurs de repas Deliveroo fait son entrée à la Bourse de Londres aujourd’hui. L’opération est un marqueur pour la City, la place financière anglaise.

Deliveroo fait son entrée en Bourse
Deliveroo fait son entrée en Bourse © AFP / DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

C’est en effet la plus grosse introduction en Bourse depuis 2011 : presque 9 milliards d’euros. C’est seulement 3 milliards de moins que la valeur boursière de Sodexo. 

Or il y a une grande différence entre Sodexo et Deliveroo, créée en 2013. Hors Covid, Sodexo gagne 700 millions d’euros par an. Deliveroo, même l’an dernier, avec une croissance de 64% pour cause de confinement, est toujours dans le rouge. 

Par ailleurs, Sodexo emploie plus de 400 000 personnes, dûment salariées, alors que Deliveroo fait travailler des livreurs payés à la course, sans respect des droits fondamentaux : temps de repos, salaire minimum et revenu décent. Sans même financer leur protection sociale. 

C’est pour cela que l’introduction en Bourse est chahutée ? 

Absolument. Les livreurs de Deliveroo ont profité de l’attention que provoque cette opération financière pour rappeler leur précarité intolérable. Des actions ont eu lieu en France, en Italie, au Royaume-Uni, en Australie, et ça va continuer.

Plusieurs grands investisseurs britanniques, comme l’assureur Aviva ou le fonds Aberdeen, ont dit qu'ils n’achèteraient pas d’actions Deliveroo à cause de ce manque de standards sociaux. Le prix n’a donc pas atteint le maximum prévu. 

D’autant que les Bourses sont perturbées depuis quelques jours par une autre affaire : la faillite de la société de gestion américaine Archegos, contrainte de brader son portefeuille d’actions. 

Vous disiez que Deliveroo ne gagne toujours pas d’argent. Son modèle peut-il être viable en payant mieux ses livreurs ou en les salariant ? 

Certains, à l’Elysée ou à Bercy, s’en inquiètent. Mais c’est un faux débat, si l’on en croit Bruno Mettling. L’ancien DRH d’Orange, à la tête du cabinet Topics, a animé un groupe de travail sur ce sujet. 

Il rappelle que Deliveroo fonctionne sur le modèle de l’économie de trésorerie actionnariale : les actionnaires présents au départ font les fins de mois de l’entreprise qui perd de l’argent jusqu’à ce qu’elle ait une part de marché dominante. Là elle peut augmenter ses prix et devenir très rentable. 

C’est le pari des actionnaires de Deliveroo. D’ailleurs, ceux qui vendent leurs actions à l’occasion de l’introduction en Bourse, vont gagner des centaines de millions d’euros. 

Pour Bruno Mettling, il n’y a aucune raison que ces gains se fassent au détriment des droits sociaux. Il préconise donc d’imposer au plus vite des négociations entre livreurs et plateformes sur les conditions de travail, et ce dans chaque entreprise, sous le contrôle de l’Etat. Une ordonnance devrait être prise en ce sens par la ministre du travail Elisabeth Borne mi avril.  

Thèmes associés