Depuis la pandémie de Covid, le secteur de l’aéronautique est en difficulté, mais pas le secteur du spatial qui se porte très bien à l’échelle mondiale. Il y a toutefois un gros bémol en Europe : ArianeGroup. Le constructeur de fusée paie cher ses mauvais choix stratégiques.

Doutes chez ArianeEspace
Doutes chez ArianeEspace © AFP / NICOLAS TUCAT

Aux Mureaux, dans les Yvelines, à Vernon, dans l’Eure, où l’on fabrique la future fusée Ariane 6 et son moteur,  la rentrée se fait sur fond d’inquiétude. 

Au milieu de l’été, la CGC, le syndicat des cadres d'ArianeGroup, a publié une note incendiaire sur la stratégie de l'entreprise, contrôlée par Airbus et par le fabricant de moteurs Safran, à 50/50, deux actionnaires qui “s’affrontent constamment”, ce qui “bloque les décisions”. 

Notre fusée nationale -ou plutôt européenne - se fait donc dépasser par les lanceurs de l’américain Elon Musk. Et Ariane va devoir réduire la voilure : 2500 postes pourraient être supprimés sur 7500. Un tiers de l’effectif. Par départs volontaires ou à la retraite, précise la direction.  

Pourtant on n’a jamais autant parlé d’espace, de constellations de satellites, de vols habités. Ariane n’a rien vu venir ? 

Si. Un journaliste de L’Obs qui est allé aux Mureaux et à Vernon salue des évolutions technologiques impressionnantes pour le futur modèle d’Ariane, Ariane 6, dont le premier vol est prévu l’an prochain. 

Elle pourra déposer des satellites à différentes orbites comme un bus qui fait plusieurs arrêts. Le coût de lancement des satellites sera divisé par deux, à 10 000 dollars par kilo au lieu de 20 000. Même chose pour le temps de fabrication d’un lanceur : on passe de trois ans à dix-huit mois. Et il ne faut plus que deux mois et demi pour fabriquer un moteur, grâce à l’impression 3D, au lieu de seize mois avant.   

Mais on est encore loin du nouveau Graal : les lanceurs réutilisables, ceux qui reviennent à la base. Chez Ariane, ce ne sera pas avant 2030. 

L’Etat et l’Europe vont tout de même soutenir Ariane 6 ? 

Oui, ça a fait l’objet d’un accord franco-allemand en juillet. Question de souveraineté. Et puis Ariane 6 a divisé par deux les coûts de lancement d’un satellite, mais la réutilisation de lanceurs que pratique Elon Musk - très soutenu par la Nasa et donc par l’argent public américain- permet de les diviser par 10. 

L'Europe va donc subventionner Ariane 6 pour ses vols commerciaux le temps qu’elle s’adapte, à raison de 140 millions d'euros par an pendant six ans. Mais à l'avenir, il y aura de la concurrence, car l’Allemagne veut aussi soutenir des projets de mini lanceurs, totalement privés, portés par des start up. 

Pour en savoir plus, vous pouvez lire l’enquête de Claude Soula dans L’Obs de cette semaine. En Une : “Un procès pour l”histoire”, celui des attentats du 13 novembre. 

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