Jens Weidmann, ce nom ne vous dira probablement rien. Mais cet Allemand de 50 ans dirige depuis dix ans la banque centrale de son pays, la puissante Bundesbank. Il vient d’annoncer sa démission et pour les économistes, c’est un tremblement de terre.

Jens Weidmann
Jens Weidmann © Maxppp / Kay Nietfeld/dpa/picture-alliance/Newscom

C’est le signe que la politique économique en Europe bascule. On va moins se soucier des déficits, de la dette et de l’inflation et plus de la croissance et du climat. Et la démission de Jens Weidmann est une manière pour lui de prendre acte de ce changement. 

Vous savez qu’en Europe, Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, ne décide pas seule s’il faut monter ou baisser les taux d’intérêt de nos crédits. Ce genre de décision est prise par le conseil des gouverneurs de la BCE, c’est-à-dire par les représentants des banques centrales des 19 pays de la zone euro. 

Pour la Banque de France, c’est François Villeroy de Galhau, dont le mandat va être renouvelé pour six ans. Pour la Bundesbank, la banque centrale allemande, c’était Jens Weidmann depuis dix ans. Il était très écouté mais ces derniers temps, il était en désaccord avec la majorité de ses collègues. 

A quel sujet exactement ? 

Pour lui, la BCE ne s’inquiète pas assez de la hausse des prix, de cette inflation que les Allemands détestent. Or en décembre, elle a d’importantes décisions à prendre

Pour soutenir l’économie pendant la crise du Covid, elle a mis en oeuvre ce que l’on appelle le “bazooka” monétaire: elle achète des centaines de milliards d’euros d’obligations sur le marché en imprimant de la monnaie. ça maintient les taux d’intérêt très très bas. 

Ca permet aux Etats de financer leurs déficits facilement et aux banques de pouvoir faire des crédits pas cher aux entreprises et aux particuliers. Le risque, c’est que cela peut favoriser l’inflation. En décembre, la BCE doit décider si elle continue ou si elle arrête cette politique. Jens Weidmann pense qu’il est temps d’arrêter. Mais il est minoritaire et il en tire les conséquences. 

Ça veut dire qu’on pourrait avoir plus d’inflation ? 

De fait, la priorité, c’est devenu la croissance et la transition climatique. Tant pis si les prix augmentent un peu plus vite qu’avant, comme on le voit déjà. ça va d’ailleurs au-delà de la BCE.

En ce qui concerne les déficits et les dettes des Etats, la Commission a ouvert hier la discussion pour définir de nouvelles règles budgétaires communes, plus souples.

Cela dit: attention ! Ce n’est pas la porte ouverte à n’importe quelle dépense. La souplesse doit permettre d’investir dans des projets qui permettent une croissance sobre en CO2. Pas de vivre au-dessus de ses moyens. Sinon les crises de dette reviendront.