Les procès s'enchaînent, mais l'argent s'est envolé et une partie des escrocs présumés aussi.

A la tête de cette vaste escroquerie on retrouve une douzaine de personnes selon les enquêteurs. Certaines derrrière les barreaux,

comme Arnaud Mimran et Marco Mouly, condamnés à 8 ans de prison en appel. D'autres sont en cavale, comme Cyril Astruc, qui a écopé mercredi de 9 ans d'emprisonnement (le tribunal correctionnel de Paris a aussi confisqué la villa d'Herzliha, dans la banlieue chic de Tel Aviv).

L'année dernière Astruc posait dans Vanity fair, le sac en croco en évidence. Il disait qu'il voulait "régler ses histoires", mais il a disparu avant l'audience. Il aurait rejoint Israel en bateau. Le système judiciaire très différent du nôtre protège ces escrocs présumés. Mais jusqu'à un certain point seulement, car la coopération progresse, et la société israélienne est exaspérée par leurs frasques.

Ces escrocs ne sont pas restés très discrêts ?

Au contraire, certains ont fait étalage de richesses en festoyant avec la jet set. Marco Mouly se vante d'avoir inspiré à l'humoriste Gad Elmaleh l'histoire de Coco, qui ne sait plus comment dépenser son argent. Pour les enquêteurs pourtant, ces personnages n'ont rien d'attachant. Parce qu'ils ont coûté cher aux finances publiques: plus d'un milliard et demi d'euros en France. Parce que le sang a coulé: entre rivalités et rencontres avec le crime organisé, il y a eu plusieurs assassinats chez ceux qui faisaient sauter la banque sans sortir une arme. Et "parce qu'ils font tout pour qu'on ne récupère pas l'argent", fulmine un magistrat, "pour eux la prison c'est un accident du travail". Les petites mains se font plus facilement attraper: les gérants de paille qui se recrutent dans l'entourage ou au bar du coin. Un escroc avait envoyé tout son club de pétanque ouvrir des comptes à Hong-Kong.

On a donc affaire à des professionnels ?

Ils n'en n'étaient pas à leur premier coup. Pour l'anecdote, Marco Mouly raconte dans Vanity Fair cette épisode de sa jeunesse: la machine à laver familiale a rendu l'âme, il emprunte la veste d'un livreur de Darty et va se servir dans le magasin. Certains étaient connus pour des fraudes à la TVA classiques: acheter des téléphones à l'étranger hors taxe, et les revendre en France TVA comprise, sans la reverser au fisc.

Le carbone a duré moins de deux ans, en 2008-2009, mais ce fut leur coup de maître. Quand la nouvelle bourse a ouvert, plus de cargaisons à transporter, en quelques clics ils avaient doublé leur mise. Depuis, les enquêteurs pensent que certains se sont diversifié. Dans les fraudes au président: quand un escroc invente une histoire pour se faire virer de l'argent d'une entreprise. Ou les arnaques au trading sur internet. Reste à réunir les preuves: entre les sociétés écrans et les systèmes de blanchiment qui passent par les paradis fiscaux et judiciaires, souvent la justice s'y casse les dents...

Mais elle a de quoi être optimiste. A entendre deux escrocs présumés, sur une écoute téléphonique de 2016, le Panama... "c'est fini!". "Avec toutes les nouvelles lois (...)c'est cuit (...) Pour celui qui va voler (...)c'est une catastrophe!". Comme quoi, les choses avancent, parole d'expert.

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