manuel valls rejoint matignon
manuel valls rejoint matignon © reuters

La nomination de Manuel Valls ne s’est pas imposée comme une évidence... à François Hollande, loin de là . Il aurait préféré garder Jean-Marc Ayrault pour deux raisons :

  • d’abord pour une question de tempérament : Hollande, l’homme de la synthèse n’aime pas se séparer de ceux qui lui sont fidèles ;

  • une autre raison plus politique : il a toujours dit qu’il ne souhaitait pas plus de deux premiers ministres pendant son quinquennat…et donc en choisissant dès maintenant Manuel Valls et s’il se tient à cette règle, il se lie les mains pour les trois années à venir.

Le scénario qu’avait élaboré François Hollande consistait à garder Jean-Marc Ayrault jusqu’aux élections régionales de mars 2015, puis de faire appel à un remplaçant et certainement Manuel Valls pour les deux années avant la prochaine présidentielle. Une sorte de Premier ministre de campagne. Il y a encore un peu plus de deux semaines, je peux vous assurer que Manuel Valls s’était résigné à l’idée de rester au ministère de l’Intérieur, persuadé que Jean-Marc Ayrault était devenu incontournable.

Entre temps, les municipales ont changé la donne. François Hollande n’avait pas anticipé une telle débâcle. L’hypothèse existait bien, me confiait l’un de ses proches, mais ce n’était pas la plus privilégiée. Comme au mois de novembre dernier où déjà, son nom avait circulé pour Matignon, Manuel Valls s’est donc mis en mode « préparatifs ». Et le second tour a fini de sceller la chute de Jean-Marc Ayrault. En fait François Hollande n’a pas vraiment choisi son nouveau Premier ministre. Il se l’est fait imposer par les urnes et les sondages. A bien y regarder, ce n'est pas le choix du cœur, mais celui de la raison. Ce qui n’est pas forcément la meilleure des configurations.

De plus, les deux hommes n’ont pas une totale confiance respective. Manuel Valls est sans aucun doute un homme carré, qui sait mener une équipe. Il connait Matignon, il a été conseiller en communication de Lionel Jospin de 1997 à 2002, il connait donc les rouages de l'Etat.

Son cabinet place Beauvau était certainement le mieux organisé et le plus performant. Mais si Hollande a envisagé de faire appel à lui le plus tard possible, c’est aussi parce qu’il ne peut s’empêcher de voir en lui un potentiel rival.

Pour 3 raisons :

1/ Certes Valls l’a rejoint juste après le premier tour de la primaire socialiste en 2011, mais il l’a tout de même défié, contrairement à un Pierre Moscovici ;

2/ Valls et c’est la seconde raison d’une rivalité j’allais dire « naturelle » entre les deux hommes, c’est celui qui se voit un jour président de la République ;

3/ Enfin et c’est lié, Manuel Valls est un homme qui aime prendre la lumière et moment où François Hollande a décidé de s’afficher en première ligne avec le pacte de responsabilité, d’endosser le costume de général en chef, il va devoir composer avec un Premier ministre qui ne voudra peut-être pas jouer en permanence les paratonnerres d’un président impopulaire et cramer sa propre aura dans l’opinion.

Manuel Valls jure qu’il sera loyal au Président. Il l’a dit ces dernières semaines aux journalistes qu’il a rencontrés. Il faudra voir à l’épreuve des faits ce que cela donne et notamment quand vont fleurir les sondages testant Manuel Valls contre Nicolas Sarkozy, contre Alain Juppé ou contre François Fillon dans la perspective de 2017.

François Hollande n’a pas nommé un Premier ministre. Disons que les Français lui ont adjoint un vice-président pour ne pas dire qu’ils se sont choisis un président bis.

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